Patrimoine de Brissac : Notre Empreinte

Investigation artistique sur la mémoire des villages. Chapitre 1 : L'arrivée au village



6- L'Eglise



Texte : Le Cri Dévot, d'après La Mastication des Morts de Patrick Kermann
Voix : Le Cri Dévot


Huit heures sonnèrent au bourdon de Saint-Nazaire et m'éveillèrent sur le banc face au monument aux morts, transi de froid. Les cloches se remirent à sonner à toute volée, annonçant un office dont le sens m'échappait, ces prières du soir auxquelles, enfants, nous échappions en raison de l'école du lendemain. Et me revenaient ceux du dimanche matin quand, séparés par la traverse centrale en communauté mâle et femelle, toutes deux précédées par les enfants, bénéficiant du privilège de l'âge, nous prenions place à la lisière du monde des adultes et de la jeunesse. Et me revenaient ces regards de biais, lancés vers la gauche, vers les filles, qui lorsque la fréquentation de l’église était équitable, occupées le banc exactement adjacent. Et ces rêves alors qui partaient, interrompus par des génuflexions, des stations debout ou assises que nous enchainions mécaniquement lorsque le bruit derrière nous s'amplifiait, veillant tout de même par un rapide coup d’œil en arrière à en suivre la rigoureuse marche.

Et je repensai à ce sermon tenu par le curé ce dimanche de la Sainte-Suzanne, en plein mois d'août. Je songeai à l'autre Suzanne assise parmi l'autre rangée, vêtue de sa robe blanche ornée à l'ourlet de fleurs brodées vertes et rouges, d'un simple chemisier aux manches courtes de toiles épaisse et par le regard échangé, nous rêvions, j'en suis sur, nous rêvions tous deux de vivre également la passion récompensée de la sainte. Elle s'appelait Suzanne Larguit et je n'ai à la clarté de la lune, sur nulle tombe, vu son nom gravé.



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