Les garrigues en leur univers urbain : imaginaire de la ville en conquête résidentielle et récréative



Auteur : Jean-Paul Volle avec la collaboration de Claire Magaud et Fabrice Dumas
Date : novembre 2013

Les garrigues, un territoire d’attente aux portes des villes


“Une garrigue est morte, rurale et pastorale ; une nouvelle garrigue tend à naître, urbanisée et forestière, espèce de parc naturel d'où le travail serait banni et où le citadin viendrait se reposer.” (Raymond Dugrand, La garrigue montpelliéraine, Bulletin de la Société Languedocienne de Géographie, 1963).
Terre d’oublis et de signes passés qui perdurent ou qui s’effacent pour mieux renaître quand s’inverse le regard, la garrigue prend corps et signification au carrefour des influences urbaines là où s’esquissent les trajectoires de son devenir. Elle paraît éloignée des soubresauts de l’urbanisation intense qui conquiert la plaine languedocienne à partir de ses villes centres dès les années 1960. Mais n’est-elle pas alors un territoire en attente, un espace imagé où flâne l’ombre portée de la ville, là où le vide va subitement prendre sens lorsque basculent les représentations, un espace convoité où s’inscrit progressivement un “désir” social venu d’ailleurs ? Une relation pour le moins chargée de contradictions unit la ville et la garrigue. Proches sur le plan géographique, ces deux entités s’opposent : l’une portant écho de la modernité, de la densité et du mouvement, l’autre étant profondément ancrée dans le vide, l’indifférence, la mémoire, la tradition...
La garrigue, pourtant aux portes de la ville, est distante, plongée dans une ruralité seconde éloignée de celle, fondée sur le vignoble, qui imprime sa marque à l’espace régional. Le renversement des valeurs n’en sera que plus rapide : la garrigue, disponible et bon marché, riche de son maillage villageois, prend rapidement place dans la dynamique d’extension des villes comme espace de conquête résidentielle. Le territoire du vide s’arrime à un désir de ville. Il le fait sous une double appartenance. D'abord celle d’un vide qui renouvelle le sens du désert, du “sauvage” et du silence des choses et des lieux, d’un “ailleurs” propre à l’aventure et au rêve, aux loisirs, plus dédié aujourd’hui à la marche et à la découverte qu’au refuge et à la méditation comme les “baumes” *, grottes, “bouts du Monde” et hauts lieux de la chrétienté médiévale (Saint Guilhem-le-Désert) l’ont incarné un jour. Mais également celle d’un espace de désir pour habiter, aux portes des villages, sous forme d’un habitat dispersé ou de lotissements, dans “le pittoresque et le sauvage naturalisé, le calme et l’isolement... perçus comme la contre-image de la métropole, exubérante, en croissance, bruyante et agitée”. Au maset * des pauvres a succédé le pavillon (le terme de banlieue est particulièrement refusé), la “villa” des riches et des classes moyennes à la recherche de terrains à bâtir meilleur marché ou de reconnaissance sociale. L’asphalte a remplacé le chemin empierré, les murs, hauts portails et systèmes de surveillance les petits murets de pierres sèches. Résidentielle, la garrigue s’enclot, se rétracte au gré des investissements citadins qui en font un espace de conquête et d’affirmation tant des logiques urbaines que des utopies rustiques.
Autour de Nîmes, les collines bordant la ville ont très tôt été conquises par la population des “masetiers” *, souvent simples ouvriers du textile en quête d’une petite production agricole, puis progressivement intégrées à la ville qui s’étale sous forme de grands immeubles collectifs (comme par exemple dans la ZUP de Pissevin à Nîmes au début des années 1960) ou de maisons individuelles gagnant collines et vallons. Plus au loin, le Camp des Garrigues est terre d’exercice de l’armée, et au-delà, les garrigues se lient à la vie villageoise notamment autour d’Uzès et de Lussan, de Remoulins ou vers Sommières. L’univers urbain conquiert les franges des villages imposant peu à peu ses propres modes d’habiter qui rompent les solidarités des terroirs au profit de la mobilité résidentielle.
Les dynamiques de l’urbanisation sont de plus grande ampleur autour de Montpellier, la capitale diffusant de manière plus intensive ses retombées démographiques dans un espace plus ouvert. La croissance y est plus vive, la pression foncière plus conséquente, les enjeux paysagers et économiques liés aux formes de conquête plus déterminants. La périurbanisation limitée à une première couronne jusque vers 1975, porte aujourd’hui sur plusieurs dizaines de communes, s’étale au gré des axes de communication entre vallée de l’Hérault et Vidourle, le Pic Saint-Loup et la Séranne y forgeant les horizons de nature et de marqueurs d’identification. Les formes de conquête, par la résidence et les activités, repoussent aujourd’hui l’idée de garrigue aux marges, comme espaces de nature non conquis, encore vierges mais largement sollicités.

Lotissements et villas : les modèles dominants de l’urbanisation


De nombreuses figures plus ou moins dominantes qualifient le rapport d’urbanisation des garrigues selon l’intensité de celle-ci, les formes de conquête et d’appropriation, la distance à la ville et les représentations de la garrigue-nature. Nous avons retenu trois images de la garrigue d’aujourd’hui qui illustrent les stratégies résidentielles, les types d’établissement, les appels contradictoires à la modernité et à l’environnement. Il s'agit des garrigues de Nîmes “infiltrées” par la ville, et, dans l'Hérault, Saint-Gély-du-Fesc et Lauret, trois figures géographiques qui expriment les trajectoires de ces espaces soumis à renouvellement de leurs images suite à leur intégration dans le monde de la ville.
Les garrigues de Nîmes sont un bel exemple du passage de la “terre des pauvres” à la “terre des riches”. Longtemps aux portes de la ville,
la garrigue des masets tient son originalité première de cette civilisation des masetiers, ouvriers urbains, résidents du dimanche et des jours fériés, au cœur de la riche et généreuse solidarité sociale des “gens de peu”. On savait donner à la garrigue “des airs de fête”, entre voisins, dans un esprit d'entraide et de partage.
Mais depuis les années soixante, les villas fleurissent, ces zones deviennent de véritables quartiers résidentiels aux maisons cossues, aux
murs de clôture rehaussés, véritables remparts protégeant quelques belles forteresses. Entre les deux, encore quelques masets, occupés par
des résistants bien décidés à conserver leur âme. Ils sèment, cultivent, ramassent, élèvent aussi tandis que les premiers tondent, taillent, ravalent, protègent et organisent quelques soirées mondaines les pieds dans l’eau chlorée. Vue du ciel, la garrigue se tapisse de petites
tâches bleu-azur, des piscines qui lui confèrent l’image d’un havre de fraîcheur sous une chape de plomb l’été. Et le calme revenu, c’est encore un peu le chant du coq qui réveille quand celui-ci ne devient pas un argument de discorde. Un tableau de plus en plus contemporain de
cette garrigue nîmoise parcellaire que certains ont eu la riche idée d’investir au siècle dernier. Reste l'autre face des garrigues, celles des Comités de quartier dont la réalité exprime un lien qui unit pour dénoncer ou festoyer. Le Comité, c'est l'organe des sens de cette population qui se partage entre anciens que l'on voit toujours et nouveaux résidents qui cherchent à trouver une place.
Saint-Gély-du-Fesc, à 12 kilomètres de la place de la Comédie de Montpellier, est aujourd’hui à moins de 6 kilomètres du front urbain de la ville. La commune compte en 1962 quelque 500 habitants, près de 10 000 un demi-siècle plus tard, sans que la transition y ait été traumatisante ni la recherche d’une nouvelle identité préoccupante. Les premiers néo-résidents, en lotissement, sont des cadres de l’usine IBM récemment installée à Montpellier, en quête de nature, d’une campagne que la ville ne pouvait leur offrir. Le Pic Saint-Loup est en arrière-plan, présent dans le dossier de vente des pavillons, la garrigue en tant que telle ignorée, les lotissements prenant place sur d’anciennes vignes. L’urbanisation sous forme de lotissements va progressivement gagner les parcelles de vignes tout au long des basses terres de la Frégère et du Pézouillet qui drainent la commune jusqu’à la Mosson voisine. Les collines au substrat calcaire ne résistent pas longtemps à la frénésie urbaine : la demande est forte des citadins soucieux de s’établir dans une commune rurale proche de leur lieu de travail (Centre hospitalier, Universités, Euromédecine...). Dès 1970 Saint-Gély-du-Fesc compte plus de 1 000 habitants et sa croissance détermine une consommation rapide des terres agricoles, puis des premières pentes des collines, jusqu’aux parcelles de garrigue boisée qui dominent la commune (Les Vautes). Le modèle du lotissement – banal, de standing, “huppé” – a “noyé” le vieux village et laissé peu de place aux espaces de nature qui
ont aidé à la valorisation du cadre bâti de la commune avant qu’elle ne choisisse récemment le slogan médiatique de “Saint-Gély-du-Fesc, la vie côté bien-être”.
Lauret, plus éloigné – à une trentaine de kilomètres de la ville – participe à la troisième couronne de l’aire urbaine. La commune est de petite taille (6,67 km 2 ) blottie au cœur de collines calcaro-marneuses et de devois * où dominent garrigues basses et boisées. La vigne occupe la plaine du Brestalou qui s’ouvre au sud vers la D 17 conduisant à Montpellier. Les plateaux calcaires de la montagne du Causse de l'Hortus (l’oppidum * du rocher du Causse culmine à 468 m) et leur prolongement du Pioch encadrent le village, en protection au nord. Il faut attendre la fin des années 1980 pour que Lauret connaisse une croissance démographique sensible, la commune n'ayant auparavant jamais franchi le seuil de 170 habitants. Mais au cours des vingt dernières années sa population va presque tripler pour atteindre les 600 résidents. Les lotissements, branchés sur le réseau des routes secondaires ceinturent le noyau villageois originel, de toute petite taille. Il multiplient à loisir des pavillons de standing avec piscine. Une dispersion secondaire sous forme de mitage conquiert les premières pentes des collines environnantes ce qui contribue à renforcer l’idée de rattachement à la ville et à “diluer” l’image d’une commune rurale au vignoble de qualité.

Du rural au périurbain : quelle identité ?


Des garrigues de Lussan à la vallée de l’Hérault, rares sont les lieux étrangers à l’urbanisation : la croissance urbaine centrée sur Nîmes et Montpellier, mais aussi sur le maillage des petites villes (de Pont-Saint-Esprit à Pézenas) s’est largement diffusée. La garrigue est devenue lieu de résidence des urbains, des péri-citadins, là où longtemps, la distance à la ville s’est traduite par l’opposition ville/campagne, urbanité/ruralité. Au plus près de la ville, les quartiers urbains (Garrigues de Nîmes, Aiguelongue à Montpellier...) sont intégrés, sans perdre pour autant une identité que leur paysage conforte, que leurs habitants cultivent avec détermination. On y a, comme dans les villages, gagné
de l’espace et de la nature. On s’y est installé, on y vit, en ville, mais loin du bruit et de la densité du centre et des quartiers populaires.
Le mythe de la garrigue détachée de sa rusticité passée trouve force dans la mémoire, le cadre de vie ou, comme à Nîmes, dans l’institutionnalisation pour la sauvegarde et la protection. Car comme dans les villes, la garrigue habitée souffre ici de problèmes liés à son développement. La circulation intensive dans ses chemins étroits et tortueux en est un des plus beaux exemples, la vitesse des jeunes insouciants et autres actifs pressés de regagner la ville pour honorer les rendez-vous, l’insécurité qui gagne et qui effraie, à l’assaut d’un patrimoine fastueux, les incendies qui lèchent aujourd’hui plus vite qu’hier les habitations, les sangliers qui s’invitent sur les terrains privés occasionnant d’importants dégâts... C’est le revers de la médaille. Les pionniers qui en sont les meilleurs ambassadeurs encensent ce patrimoine que certains aimeraient bien voir inscrire au patrimoine mondial de l’Unesco. Et si hier, c’était le système D qui prévalait, aujourd’hui, c’est internet, la fibre optique qui fait défaut. Car entre ces murs de pierres appelés “clapas” *, il y a de plus en plus de tribus qui jouent du clavier pour surfer sur la toile. Un débit si lent qu’il en devient un enjeu politique. Alors on appelle le Gecko en renfort (nom du programme de couverture haut-débit lancé par Nîmes Métropole) ! Désenclaver les zones d'ombre n'est pas une mince affaire dans cet espace de garrigue vivace, attaché à la défense du patrimoine, souvent rebelle.
Dans les villages conquis, la garrigue de- meure un objet de référence pour signifier la différence, une sorte de toile de fond pour une façon de s’établir, de s’installer et de vivre son territoire. La garrigue aurait-elle cessé d’être, alors qu’elle est affichée comme vecteur de reconnaissance, fondatrice des choix de résidence ? Ne serait-elle devenue qu’une simple image au sein des représentations de l’espace qui s’urbanise et se rattache fonctionnellement à la ville ? Mais alors une image à forte résonance pour la promotion immobilière et pour le pouvoir local à la recherche de valeurs d’attractivité. Elle s’affiche comme slogan, manipulée et mythifiée pour mieux forger les sentiments d’appartenance et de distinction. Habiter Saint-Gély-du-Fesc, “c’est habiter un écrin de verdure riche de plantes méditerranéennes qui enveloppent les villas... Un paysage sublime... Un environnement unique avec le Pic Saint-Loup comme horizon...”, ailleurs, les images ne manquent pas : “sur un site exceptionnel arboré de chênes verts... (une villa) nichée dans la verdure... Au cœur du Pic, le calme absolu... L’Enclos du Pic en bordure du vieux village... Les traditions restent ici présentes... Du haut de gamme dans la garrigue...”. Toujours paradoxale la garrigue de Nîmes est pourtant si envoûtante par ses sentes et murets où pénètre le regard, refermée sur elle-même avec ses hautes protections et ses systèmes d’isolement dressés face à “l’étranger”, comme pour mieux se croire entre soi. Que dire alors de l’impôt qui assomme les héritiers des masets * et que supportent bien volontiers les “néogarrigais” ? Alors on clame haut et fort que cette garrigue n’est pas dans l’air du temps, qu’elle n’est pas traitée comme il se doit, qu’elle ne bénéficie pas des services auxquels elle a droit. Pas de transports adaptés, problèmes de connexions internet, problèmes d’assainissement... On veut des caméras, le tout-à-l’égout, des ronds- points... tous les ingrédients d’une modernité urbaine qui tarderait à s’installer. Un tableau au contraste saisissant qui naît d’une certitude : la garrigue reste indomptable !
Au plus près de la ville, la première couronne périurbaine a vu ses espaces de nature se réduire sous la poussée d’une urbanisation
résidentielle largement encouragée : proximité, prix du foncier un temps abordable, désir de maisons individuelles, profit espéré lors de
la revente du bien immobilier... Les villages de la garrigue, transformés, ont perdu leur substrat agricole et leur environnement naturel s’est singulièrement rétréci. Leur ruralité n’est plus qu’une image mentale encore partagée par leurs résidents mais fragile et peu renouvelable,
souvent imparfaite. On s’y sent périurbains plus que ruraux, mais pas encore citadins d’une agglomération qui s’étale. Plus loin, comme à Lauret qui illustre la troisième couronne, les tensions urbaines et même périurbaines s’affaiblissent au profit d’une nature et d’une agriculture encore bien présentes. Ruralité encore dominante certes, mais les attaches urbaines s'y renforcent.
Ce qui paraît finalement le plus déterminant, selon la distance à la ville, c’est peut-être une inadéquation de fait entre le milieu aux origines toujours avouées (le village, le rural, la nature, la garrigue...) comme pour se construire une sorte de “protection” faussement identitaire face à ses transformations, et les néo-résidents tournés vers la ville, aux modes de vie urbains, sensibles aux qualités esthétiques des paysages dont les valeurs fondent leur espace résidentiel. Il faut alors lire la garrigue selon deux constructions sociales paradoxales : d'une part celle d’une inscription dans une historicité liée aux relations héritées des hommes à leur milieu naturel ; d'autre part, celle, plus contemporaine, plus éphémère et aux contours indistincts définie par les pratiques d’une société urbaine en quête de territoire. La garrigue prend alors du sens
au travers des micro-histoires locales qui valorisent une façon d’être urbaine différente de celle de la ville car enrichie par les ambiances du milieu. La garrigue serait-elle ce paradigme territorial capable d'associer les contraires ?
La garrigue palimpseste de temps sédimentés dont les appropriations et les paysages sont les révélateurs, ne laisse-t-elle papeu à peu place à une autre garrigue faite d’appartenances et de temps juxtaposés qui se construisent au rythme des relations avec la ville et selon l’emprise des conquêtes de l’immobilier ? Elle reste campagne et nature par ses étendues. Elle bascule dans la modernité par ses rattachements urbains.
À Saint-Gély-du-Fesc, dans l’aire de Montpellier comme dans celle de Nîmes, on considère habiter un espace périurbain ; à Lauret, à Aniane, à Pompignan comme à Lussan au Nord d’Uzès on se pense encore dans un espace rural. La distance à la ville, notamment à la grande ville, crée la différence, encore que celle-ci soit atténuée par les modes d’urbanisation et les équipements publics qui leur sont associés. Dans tous les cas de figure, le lotissement impose partout la banalité de ses contours.

À la recherche d’identifiants, de repères et lieux reconnus...


Dans les communes les plus affectées par l’urbanisation, les néo-résidents font rarement référence à la garrigue alors que ceux qui se sont établis au tout début de la conquête considèrent s’être installés en garrigue. Il faut donc s’éloigner de la ville, ou dans le temps, pour que la garrigue, au sens premier du terme, prenne aujourd’hui place dans le vocabulaire des identités. Une garrigue territoire du vide, du calme, de l’étrange, de l’abandon, mais aussi de la vastitude, du ressourcement, de l’insolite. Une garrigue indispensable à la ville, face aux extensions villageoises vues comme un bourgeonnement périurbain.
Dans ce contexte de pluralité des images et des usages, la garrigue prolonge les significations de sa géographie physique par des lieux reconnus et symboliques, l’ensemble lui attribuant des valeurs sociales et esthétiques dont elle est seule à disposer. Dans ce monde
de solitudes, des villages témoins, leur clocher, leur château, leurs chapelles, des sites préhistoriques, des grottes et avens, des sites de nature, les Concluses et les Cascades du Sautadet (Garrigues de Lussan et Bagnolais), les Gorges du Gardon (Garrigues de Nîmes), celles de l’Hérault, le Ravin des Arcs sur le Lamalou (Saint-Martin-de-Londres), enfin le Guidon du Bouquet aux marges des Garrigues d’Uzès, et plus encore le Pic Saint-Loup au cœur de celles du Montpelliérais prennent figure identitaire, patrimoniale, en gardien de mémoire, en repères emblématiques.
La multiplicité des représentations de la garrigue tient en ce paradoxe d’un espace sollicité par ses caractères de “territoire du vide” au sens fort du terme, par ses richesses patrimoniales inscrites dans l’ordre de son histoire et du temps long, par ses capacités à devenir support d’une urbanisation qui le conquiert tant sur le plan résidentiel que sur celui des loisirs. Elle est de plus en plus territoire vécu dans l’ordre de la ville avec ses flux, la matérialité de ses formes “urbaines”, celle des réseaux et des villas. En même temps, elle tombe dans un imaginaire urbain comme espace rêvé, de la séduction et de la différence, de la distinction, un espace déréalisé par le discours ouvert à toute forme de spéculation, foncière, résidentielle, esthétique...
Les identifiants hérités demeurent mais ceux qui construisent les garrigues de demain s’imposent peu à peu, au gré des dynamiques
urbaines et des retombées démographiques. Périurbanisation qui densifie, dispersion secondaire accrochée aux domaines et mas, villages
qui prennent des allures nouvelles, en leur centre, sur leurs marges. Les solitudes restent source d’un retour à des pratiques urbaines longtemps délaissées (de la cueillette à la promenade, aux activités ludiques jusqu’au repli méditatif ) par des métropolitains proches ou plus éloignés. Car les garrigues sont aujourd’hui aux portes de grandes métropoles : la “ville mobile” en fait des exutoires métropolitains de week-end, de vacances, des territoires désignés pour des pratiques nouvelles, conquérantes, en rupture. L’isolement n’est plus signe d’éloignement, il peut même prendre valeur de distinction lorsque le domaine, en ses terres, permet de vivre entre soi de manière séquentielle et conjoncturelle, sous forme de résidences secondaires. Une néo-bourgeoisie métropolitaine ne trouve-t-elle pas là moyen d’y concrétiser certains de ses rêves, à l’image d’une noblesse qui, un temps, y édifia ses “folies” ?
Le village a favorisé la diffusion d’une urbanité qui a largement modifié les référents habituels, sociaux et paysagers. Mais, tout au long de ce processus, l’idée de paysage demeure forte, porteuse de messages médiatiques et promotionnels. Le “temps des villes” que nous y lisons est aussi celui d’un “désir de campagne”, rurale plus qu’agricole, équipée mais différente de celles qui s’étendent dans les plaines voisines. Les capitales ont impulsé le mouvement, elles orientent les trajectoires du futur qui se dessine entre participation à leur système de gouvernance (communautés d’agglomération) ou repliement sur des communautés de communes à forte résonance identitaire et locale (Grand Pic Saint-Loup, Pays d’Uzès). Ainsi vont les garrigues à la recherche d'affirmation plus que de reconnaissance au gré des recompositions territoriales, des ouvertures à la ville et d'ancrages porteurs de sens nouveaux.

Petit recueil de représentations...


“Je savais ce que je voulais, une maison non isolée, près d’un centre de village... la campagne, la vraie campagne ! ... mais je ne comptais pas aller si loin... Saint-Mathieu au plus. Et finalement, on a atterri à Lauret. Question budget aussi ! ”

“On est dans un écrin ! Campagnard ? Peut-être encore un peu. Urbain ? À son image. Ayant surtout conservé l’agrément de la campagne sans ses inconvénients. Finalement les services sont à portée de main.”

“On voulait le cœur de la campagne, plutôt vers le Nord... quand on a vu le terrain, les ronces, les pierres sur le terrain, c'était parfait ! Et tout ça à quelques kilomètres de Montpellier, c'était inespéré.”

“Nous sommes des périurbains, des vrais..., on ne vit pas à la ville mais on y travaille et on y fait toutes nos courses. On aime ce cadre de vie qui est différent et nous permet de nous isoler.”

“On ne vit pas en ville. Ici c’est encore la campagne, mais même si on sent la ville finalement, je serai tentée de me dire plutôt semi-rurale.”

“On se sent urbains habitant à l’écart de la ville, dans un cadre environnemental qui conserve les arbres et les senteurs de la garrigue.”

“Qu’est-ce qu’on est ? Je ne sais pas. Des ruraux ? Des urbains ? Personnellement je n’aime pas trop aller en ville... je suis souvent dans mon
jardin... Je me vois bien semi-rurale...”

“C’est un peu loin. Maintenant on se dit que c’est loin, mais la maison, on n'aurait pas ça ailleurs.”


Paroles recueillies à Lauret et Saint-Gély-du-Fesc par Claire Magaud.




Cartes et illustrations

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Aires urbaines

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Evol. pop.

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Migrations pendulaires

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Garrigues habitées Nîmes

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Sortie de la ville

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Pic Saint-Loup

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Montpellier








































































































































































































































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