Le FONCIER FORESTIER au 16e SIÈCLE.

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Le foncier forestier au 16e siècle.

  • Le pillage de la forêt et la « disette de bois» au 16e siècle.
Dès la vigoureuse reprise démographique – et économique - du 16e siècle, agriculteurs, pasteurs, habitants se « lancent à l'assaut » des abondantes forêts quasi livrées à elles même depuis 1 siècle et demi (1350-1500).
Dès 1520 le parlement de Toulouse pousse un cri d'alarme aux paysans « quand cesserez vous de dépopuler (sic) les forêts, d'y couper le bois vert et sec ? ».
En 1539, puis 1546 ce « cri » est relayé par les Etats du Languedoc : «  le pays s'en va tout dépeuplé en bois » (Le Roy Ladurie, 1969, p.64).
Boulangers, verriers, tuiliers, potiers, charbonniers, ruscaires, chaufourniers, charpentiers, charrons, menuisiers...etc... et simples habitants « avalent » la forêt.
Dès 1555-1558 on est en état de « disette de bois » :
A défaut d'arbres on brûle les broussailles, du romarin. On arrache la « garouille » (racines de chênes kermès, particulièrement appréciées par les tanneurs).
A Saint Jean de Fos, au 17e siècle, on brûle les noyaux d'olives (ce qui, par ailleurs, prouve l'abondance des oliviers).

  • Les forêts et le «commun profit du Royaume».
(J.L Roque et alii, 2011, p.23-25).

Du fait des besoins croissants en bois, amenant à des « disettes de bois », la monarchie va intensifier son pouvoir, non seulement sur les forêts royales, mais aussi sur les forêts ecclésiastiques, seigneuriales et des Communautés, en arguant, dans ses ordonnances, du « commun profit du Royaume ». il y a là l'apparition de la notion d'intérêt général.
Concernant les forêts ecclésiastiques le roi s'affirme comme « protecteur, conservateur et défenseur des biens temporels du clergé » ainsi que premier évêque de France.
Vis à vis des seigneurs et des communautés la monarchie affirme ses pouvoirs seigneuriaux suzerains.

  • La « Réformation « des forêts au 16e siècle".
L 'édit de 1554 crée pour la province du Languedoc, la « Table de marbre » de Toulouse, juridiction d'appel en matière de procès sur des forêts. La charge (car c'est un office) est confiée (en 1557) à Hector MANIQUET « grand maître et général réformateur des Eaux et Forêts ».
L'ordonnance de 1575 crée le corps des « maîtres réformateurs » chargés de « réformer » la gestion des forêts afin de rétablir ou augmenter la production de bois, en particulier de futaie (notemment pour la Marine), et non plus de taillis, ainsi que face aux face aux « bruslements, défrichements pour se donner des terres labourables et abroutissements de bestiaux ».
Le maître réformateur siège à Toulouse (Hector MANIQUET, de 1575 à 1595, puis François de CAULET).
Il s'appuie sur les maîtrises territoriales (dont celle de Montpellier) où le « maître particulier » est maintenant assisté de pouvoirs de police, avec le lieutenant du Roi, de justice , avec le procureur du Roi et son greffier, ainsi que du « garde-marteau ».
De plus des charges sont attribuées par ventes d'offices.

Cependant ce bel édifice reste quelque peu théorique vu l'ampleur des circonscriptions forestières :
La maîtrise générale de Toulouse recouvre en fait trois très grandes provinces : Languedoc, Provence, Dauphiné. La maîtrise de Montpellier s'étend jusqu'au Lot, l'Allier, le Velay, le Vivarais, en plus des diocèses de Mende, Lodève, Alais, Uzès, Nîsmes, Agde et Montpellier.
Les « offices » , peu rentables, sont peu ou mal pourvus.
De plus le parlement de Toulouse et les Etats du Languedoc, se posent en défenseurs des pouvoirs locaux face au pouvoir royal.
Aussi faudra-t-il attendre le 17e siècle pour que ces mesures prennent une autre ampleur.

Les verreries et le foncier forestier  au 16e siècle.

Les verriers ont plusieurs possibilités : soit être – ou devenir- propriétaires d'espaces boisés (cas rare), soit d'acheter du bois sur pied d'autres propriétaires, soit d' arrenter des bois de particuliers, d'institutions ecclésiastiques, de Collectivités ou des bois domaniaux.
Du second cas relève l'achat de bois, en 1542, par Antoine Odoard à Saint Laurent de Carnols (30) (ADG 2e 14/224 f°60 cité par Gaidan, 2008, p.26) à proximité de la chartreuse de Valbonne.
  • La chartreuse de Valbonne est un exemple représentatif d'arrentement de ses forêts à des verriers.
En 1541, les chartreux de Valbonne confient l'exploitation de leur verrerie à « noble Raimond Pierre d'Euzet » (Gaidan,1991,p.59).
En 1553, le frère guillaume de Monteils et le procureur (Etienne Jean) arrentent la verrerie de la chartreuse de Valbonne à  « noble Bertrand Rey de Saint Jean de Maruejols, (près de St Ambroix ), maître verrier, avec coupe de bois dans les bois de Saint Laurent » (Gaidan,1991,p.52).
Forêt de Saint Laurent appartenant à la chartreuse de Valbonne, arrentée en 1553 à un maître verrier.
Source : IGN Géoportail

Trois ans plus tard, en 1559, Rey installe sa verrerie dans l'enceinte même de la chartreuse. Par ailleurs il acquiert « dans la foresterie de Valbonne, au lieu dit Saint Laurent de Carnols, un cazal ». Lui succéderont, à la verrerie de la chartreuse, deux autres familles de verriers (les Virgille et Queylar) (Gaidan,1991,p.20).

Du 16e au 18e siècle les verreries prolifèreront dans les forêts de la chartreuse comme celles de Cadenet, Jols, Rodières, Mas Gravil, Chapelas... (Gaidan, 2008, p.37-39).

  • L'itinérance des verreries dans les forêts des garrigues du Gard et de l'Hérault au 16e : les «baux à verrière» «à durée déterminée».
Vu les grandes consommations de bois, les verreries étaient temporaires et itinérantes.
Ainsi la verrerie des Gravils (ou Desgravils) à Salazac (30), propriété des chartreux de Valbonne, « dans une forêt de huit lieues de circuit...on la déplace de temps en temps quand le bois manque » (Saint-Quirin, les verriers du Languedoc, p.175, cité par Gaidan, 2008, p.38).

Les verreries épuisaient le bois disponible dans ses environs en quelques années : en général de 5 à 9 ans selon la densité du bois environnant.
Il fallait ensuite changer de lieu.
Aussi les contrats d'arrentement étaient ils fixés pour une période donnée « à durée déterminée ».
Le « bail à verrière » de 1554, à Euzet (près d'Alès), pour le mas de Colombiers, dans le devois de Vallongue, est fait pour 4 ans « moyennant 6 livres et 10 sols par an » (Gaidan, 1991, p.31).
A Euzet, au mas Colombiers, au devois de Vallongue, un bail à « veyrière » est établi en 1554.