Un essai de Géohistoire du foncier des Garrigues du Gard et de l'Hérault
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I. Le foncier des garrigues dans l'antiquité tardive et au Haut Moyen-Age, Ve - Xe siècles.

Discussion sur ce chapitre

II. Le foncier des garrigues au Moyen-Âge : 1000 - 1350, de l'an mil (environ) à la peste noire (1348) et au début des "guerres anglaises" (guerre de "cent ans").

Discussion sur ce chapitre

III.Le bas Moyen-Âge de 1350 à 1500.

Discussion sur ce chapitre

Discussion sur le chapitre : 5e PÉRIODE : 16e et 17e SIÈCLES, de 1450 - 1500 à 1680 (ou 1690)..

IV. Les temps modernes (1500 - 1789).

Discussion sur le chapitre : Le FONCIER DURANT le "BEAU 16e SIÈCLE" (1500 - 1560)
Discussion sur le chapitre : Le FONCIER FORESTIER au 16e SIÈCLE.
Discussion sur le chapitre : La CRISE 1560 - 1620 et le FONCIER.
Discussion sur le chapitre : La REPRISE du 17e SIÈCLE (1620 - 1680) et le DÉCOLLAGE CARACTÉRISTIQUE de la RENTE FONCIÈRE.Discussion sur le chapitre : Les FORÊTS au 17e siècle.

Lexique de ce travail

Bibliographie


Le FONCIER des GARRIGUES dans l'ANTIQUITÉ TARDIVE et au HAUT MOYEN-ÂGE, Ve - Xe siècles.

Discussion sur ce chapitre
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1ere période : La propriété et le foncier dans l'antiquité tardive et la 1ère période mérovingienne (409 - 759)


Les wisigoths s'installent en Languedoc à partir de 409 et plus durablement de 462 à 477 (Helas, 1993, p.116), puis succèdent la conquête arabo-musulmane (à partir de 719) et la reconquête franque (739-759).
Cette phase est marquée par « une atonie démographique dont les effets s'accumuleraient pour aboutir à un resserrement de l'espace agraire » (Bourin-Derruau,1987, tome 1,p.47).

Il semble, en particulier, qu'à cette époque, la silva et le saltus couvrent la majeure partie des territoires.
L'ager , approprié, organisé en « villae »,en partie héritées de l'antiquité romaine, se restreint à des îlots (Bourin-Derruau,tome 1, 1987) sur les meilleures terres des bassins et dépressions.
Silva et saltus ne relèvent pas, à proprement parler, de la propriété foncière, et ne sont pas précisément délimités. Tout au plus ces vastes zones, plus ou moins définies, sont elles sous la juridiction- ou propriété éminente, des aristocraties (des comtes, des vicomtes, voire du pouvoir royal) et de quelques abbayes, comme Saint Hilaire de Montcalmès (près d'Aniane) (J.L Roque et alii, 2011, p.198).

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Ceci justifiera, de la part de ces aristocraties, ultérieurement, progressivement, ça et là, des «dons », avec des droits plus ou moins implicites, eux même plus ou moins définis. Il semble – ou il se peut- que ces « dons » soient, dans certains cas, du moins, des reconnaissances d'appropriations de fait.
Ainsi, dans le droit wisigothique (codes d'Euric,471, bréviaire d'Alaric, 506, « loi des wisigoths, 643) le « bifang » règle le droit de défrichement en accordant en propre la propriété de la terre au premier défricheur.
Le droit de pâturage est absolument libre, dans tous les milieux et zones , et même, prime sur les propriétés , jusqu'à trois jours (communication personnelle de J.F Lalanne).

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le bréviaire d'Alaric (conservé à l'Université de Clermont-Ferrand) (source: Wikipedia commons)

2e période, Carolingienne, IXe et Xe siècles

Reconstitution des domaines (« villaes ») et de l'ager :

La période est marquée par un renversement de tendance avec la reconstitution de domaines, sous forme de « villaes ».
L'appel à des réfugiés-colons espagnols permet des remises en culture, voire de nouveaux défrichements. Le régime de l'aprision leur permet, au bout de trente ans d'en devenir propriétaires- alleutiers (tel que attesté, entre autres dans le diplôme de Louis le Pieux de 816) (J.C Helas, 1993, p.142).
Cette reconstitution du domaine cultivé et l'extension des cultures s'opère, essentiellement, sur les « bonnes terres » de l'ancien « ager » romain antique (Bourrin-Deruau,1987, tome 1, p.47). C'est le cas, en particulier à Nîmes, avec la remise en culture, par les contrats du chapitre de Nîmes, des anciennes parcelles quadrangulaires de la centuriation romaine (Grava, 2008, p.96).

Fondations ( ou reconstitutions) des domaines d'abbayes et monastères bénédictins.

Également c'est une période de fondation (ou de reconstitution) d'abbayes bénédictines, telles que celles d'Aniane (777 ou 782, Helas, 1993, p.138-139) et de Gellone (804) à Saint Guilhem le Désert (Pioch,1999), de Saint Saturnin du Port (918) à Pont Saint Esprit, (Gourdon, 1932, p.9), de Saint Sauveur de la Font en 990-991, à Nîmes, au « temple de Diane », (Gourdon, 1932, p.9 ; Grava 2006, p.81), en 1019 celle des moniales de Saint Geniès des Mourgues (sous la dépendance de Psalmodi) (Cholvy, 1976, p.54), du monastère de Notre Dame de Bondilhon (la future chartreuse de
Valbonne, entre Cèze et Ardèche) sur des terres nouvelles gagnées sur la forêt.

La « villa »: 2 types de propriété, alleux et droits seigneuriaux.

Le mode d'organisation est encore, essentiellement, la « villa » c'est à dire un domaine, subdivisé en
alleux et en « droits généraux  - seigneuriaux- sur l'étendue de la villa, comprenant, notamment la possession de tout ce qui n'est pas approprié, eaux courantes, friches, forêts , sur son territoire (terminium), voire sur des « terminia » annexes, issus, peut-être du rattachement d'une autre ancienne villa. » (Bourin-Derruau,1987, tome 1, p.61).

En 804, le cartulaire de Gellone mentionne ainsi la « villa Gremianum », l'actuel Gremian à Cournonsec, dont le terroir est à cheval sur la plaine et les garrigues.

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En 996, est mentionnée la « villa dicta larnag », actuel Launac à Fabrègues (J. Segondy et L. Secondy, p.43).
Dans les documents de 1031-1060 la « villa quam vocant Muro Vetulo » est Murviel (J. Segondy et L. Secondy, p.44).

Terroirs de l'ager et parcelles au 9e et 10e siècles :

Les terroirs de l'ager sont organisés de façon monoculturale: « ici un terroir viticole, là un terroir céréalier » (Bourin-Derruau, 1987, tome 1, p.40). Propriétés et exploitations sont donc organisés en « noyaux de terroirs spécialisés », proches les uns des autres: il n'y a pas dispersion en plusieurs propriétaires. Dans ces terroirs les parcelles sont , généralement, de forme rectangulaire, parfois trapézoïdale, héritées, plus ou moins fractionnées et déformées, des cadastrations romaines là où elles existaient.

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(Source: Bourin-Derruau, villages médiévaux en Languedoc..., 1987, tome 1, p.58)

De même, à Nîmes, les parcelles acquises en 913 par les chanoines sont elles de forme carrée, pour une « terra laborativa » de 50 dextres de côté (environ 200 mètres) ou rectangulaires (280 m sur 48 m, 240 sur 32). En 918 une « terra vacua » de 520 m sur 100 est acquise du côté de Saint Côme et Maryejols, en Vaunage. En 973 les acquisitions de vignes à Courbessac sont des parcelles trapézoïdales de 100 m sur 40 sur 120, ou 300 sur 130 sur48 (Martel, 2003, p.112).

Les surfaces moyennes des parcelles, entre 880 et 1050, sont relativement importantes, de l'ordre de 2 à 4,5 hectares, voire de 5 à 6 hectares dans le cas de propriétés ecclésiastiques (Bourin-Derruau, 1987, tome 1, p.45).
Dans le cas de la « terra laborativa » nîmoise ci-dessus il s'agit de 4 ha.

Le manse 9e-10e siècle, centre de l'exploitation agricole.

Le manse est le centre d'une exploitation avec sa demeure, ses corps de bâtiments, sa cour.

Le casal, demeure du paysan, comprend une ou des parcelles attenantes, pour le jardin, éventuellement une vigne et une ferragine (Bourin-Derruau, 1987,tome 1, p.45).

La charte de « fondation » de Montpellier, en 985, c'est à dire la donation du comte Bernard de Melgueil (Mauguio) à un certain Guilhem ( fondateur de la dynastie montpelliéraine des Guilhems), nous donne, de manière très complète, le statut juridique et la description des éléments composant ces manses-domaines :
« ...et dans les limites de la villa de Montpellier nous te donnons un manse où demeure Amalbert, avec leurs limites et toutes les dépendances qui reviennent à ces manses qui nous viennent de la donation d'un homme du nom de Bert, c'est à dire maisons, enclos, cours, jardins, oliviers, issues, champs, vignes, prés, forêts, garrigues, arbres fruitiers et non fruitiers, eaux et leurs cours, toutes choses et sur toutes choses, au titre de possession, tant les droits actuels que les droits à obtenir, dans leur intégralité » (J.C Helas, 1993,p.145-146).

Des zones de garrigues et forêts non organisées en « villaes », appropriées par les abbayes et des seigneuries laïques.

Il s'agit des vastes zones incultes, inhabitées, des plateaux et reliefs. C'est le cas, en particulier, du massif de la Moure (causse d'Aumelas).
Il s'agit, parfois « d'espaces à l'origine publics, c'est à dire régaliens, puis comtaux » (Bourin-Derruau,1987, tome 1, p.61).

Ces espaces ont pu faire l'objet de donations ou cessions aux abbayes comme celle d' Aniane et Gellone (St Guilhem le Désert) qui encadrent les causse d'Aumelas, de la Selle, de Viols, la Buèges et le bassin de Londres.

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A cette carte, il convient d'ajouter d'autres localisations ponctuelles, au cœur des garrigues, comme, par exemple la création par l'abbaye d'Aniane, entre 780 et 799, de la « cella »de Sangras (commune d'Argelliers) (Durliat, 1968, p.242). Ce lieu dispose d'une source, d'une petite vallée cultivable (du ruisseau de l'Arnède) et de vastes garrigues.

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Les anciennes forêts carolingiennes ont pu également être appropriées par des familles seigneuriales laïques. C'est le cas, par exemple, des Guilhems de Montpellier, dont le cœur originel de leur seigneurie est à Aumelas.

Les droits d'usage des villageois dans les garrigues et forêts seigneuriales.

Ces appropriations seigneuriales peuvent également avoir été opérées par expropriation de fait des villageois, mais en leur maintenant et consignant leurs droits d'usage, à commencer par le droit de pacage en forêt, concédé – et consigné- dès le IXe siècle.
D'autres droits sont consignés : ramassage de bois mort, de litière et fourrage à partir de frênes et des ormes, production de miel, de sirop d'érable champêtre (Roque et alii,2011, p.18).

Le MOYEN-ÂGE.

Discussion sur ce chapitre


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3ème période : de l'an mil (environ) à la peste noire (1348) et au début des "guerres anglaises" (guerres de "Cent ans"), (1000 - 1350)

Le XIe siècle : l' extension de l'ager.

L'essor économique et démographique entraîne une extension du foncier agricole
  • dans l'ager lui même
  • sur les piémonts et plateaux-causses
L'ager, au Xe, voire jusqu'au milieu du XIe siècles, (où la pression démographique n'est pas encore très forte) semble encore assez peu densément cultivé: de nombreuses parcelles sont en friches, « absae » (désertées, sans propriétaire), héritage de la dépopulation de la période mérovingienne et du très faible croît de la période carolingienne. Mais il peut s'agir, aussi, du mode de culture: ainsi après l'arrachage d'une vigne, on peut laisser reposer la terre pendant plusieurs années. La « pièce de terre » devient ainsi « erm ».(Bourin-Derruau,1987,tome 1, p.94).

  • Dans un premier temps des défrichements limités, sur les marges de l'ager.
Dans ce contexte de faibles populations, de vastes espaces incultes vacants, de pouvoirs régaliens et vicomtaux lointains, il semble qu'une partie des -faibles- défrichements d'origine (au XIe siècle) aient été le fait de « défrichements spontanés paysans », à la mesure de leurs moyens, c'est à dire sur des parcelles de superficie limitée.
Ces défrichements se seraient opérés dans les marges immédiates de l'ager, c'est à dire sur les premières pentes des garrigues (des reliefs), c'est à dire sur des sols moins fertiles que ceux de l'ager.
Certains de ces premiers défrichements auraient été « juridiquement régularisés », entre autres sous la forme « d' apendaries » et de « borderies », termes qui suscitent encore bien des débats entre scientifiques. Il pourrait s'agir de «demi-manses, dans un certain nombre de cas moins taxées- proportionnellement- que les manses...les débats restent ouverts (Tisset, 1933, réédition 1992, p.204; Bourin-Derruau, 1987,tome 1, p.95; Durand, 2003).

Maintien des forêts sur les reliefs : les forêts royales au 11e siècle.

La faible amplitude des premiers défrichements du XIe siècle fait que la plupart des forêts (et du saltus) se sont maintenues.
Dans les forêts royales le pouvoir s'est même « rapproché du terrain ». Ce pouvoir était d'abord exercé par des des prévôts, aux attributions très générales extra-forestières, assistés de « gruyers » et « verdiers », eux même assistés de « sergents de garde ».
Il passe ensuite , à un niveau plus rapproché aux sénéchaux et baillis. (J.L Roque et alli, 2011, p.28).

La structure foncière au XIe siècle: alleu, tenure, manse.


  • L'organisation en « villae » se dissout.
Du fait de la réorganisation de l'habitat, de plus en plus centré sur les nouveaux « castra »-villages fortifiés et l'affirmation du pouvoir seigneurial , l'organisation en « villae » dispersées, se dissout.
Quand, dans la période intermédiaire, il se crée encore des domaines aux marges de l'ager et des garrigues, tel le domaine de Font-Mars, à l'extrémité sud du causse d' Aumelas (au nord de Mèze), on emploie alors le terme de « manse » et non plus de « villa » (Bourin-Derruau,1987, tome 1, p.61).

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Extrait de carte IGN 1/25.000e, Pézenas, 2644 Est, édition 1981.
Le domaine de Font Mars, créé à l'extrémité sud du causse d' Aumelas, en limite d' ager, au XIe siècle.


  • Le manse, seigneurial, devient le nouveau mode d'organisation foncière et agricole.
Il s'agit en fait, d'une unité d'exploitation capable de faire vivre une famille et de dégager des surplus agricoles, en nature , ou, petit à petit en espèces, pour acquitter les diverses redevances.
Concrètement, le manse est constitué de 4 à 7 parcelles (en moyenne) vouées à la céréaliculture, accessoirement à la vigne, d'un jardin, d 'un enclos avec le « casal » (habitation paysanne) et les bâtiments d'exploitation. Vers 1140, un manse peut représenter environ 50 hectares (Bourin-Derruau, 1987, tome 1,p.114). S'ajoutent à ces parcelles cultivées, bien délimitées, en « garrigues » (reliefs) des espaces incultes, utilisées pour le pâturage en parcours, et le bois nécessaire.

  • La tenure du manse.
Le manse est confié, par contrat, oral, plus rarement écrit, en « tenure » à un tenancier (et sa famille) qui l'exploite. Les contrats prévoient diverses modalités de partage des fruits de l'exploitation, à moitié ou à quart, et d'acquittement des redevances, dont le « cens ».
le tenancier a donc l'usufruit, transférable à ses héritiers directs, mais pas la possession de la terre. (Bourin-Derruau, 1987, tome 1,p.111-120).

  • Le manse indominical ou « réserve » ou « capmanse ».
C'est la partie du manse ou l'un des manses (un seigneur pouvant en posséder plusieurs) que se « réserve » le seigneur, en exploitation directe (nous dirions, aujourd'hui, en faire-valoir direct). Dans ce cas, en principe, la terre est exploitée par des « travailleurs » (« laboratores »)- et non plus par des « tenanciers ». Le contrat qui lie le possédant et le travailleur est sujet de débats scientifiques: s'agit-il d'une simple embauche de main d' œuvre ou d'un fermage ? S'agit-il d'un fermage global sur le réserve (ce qui l'apparenterait, en fait, à une tenure), ou d'un « fermage parcellaire » ?

  • La tenure parcellaire.
Hors même du contexte de « l'unité globale d'exploitation » que constitue le manse en tenure, un possédant peut confier en tenure telle(s) ou telles(s) parcelle(s). On parlera alors de « tenancier parcellaire ».
Les abbayes, en particulier, confient de vastes parcelles en tenures . Ceci suppose l'existence de tenanciers suffisamment équipés en matériel aratoire pour exploiter ces terres.

  • Alleu et propriété allodiale.
Il s'agit de terres « libres » de toutes redevances. L'alleu semble avoir été important, voire dominant, dans les périodes précédentes, mérovingienne et carolingienne, en particulier dans l'ager restreint de ces époques, c'est à dire, surtout, dans les « bas-pays » et les bassins de garrigues les plus favorables.
C'est le cas, en 1015, d'un chanoine de Nîmes, Pons, tel que l'énumère son testament. Outre un mas qu'il possède à Nîmes, habité certainement par un tenancier, avec une vigne et des pâturages capables de nourrir 1 cheval, 3 juments et 1 poulain, il possède, par ailleurs, un alleu à Polverières (Martel, 2003, p.112-113). Dans ce cas l'alleu se rattache à un niveau de patrimoine foncier assez élevé.
Il est à noter que certaines terres allodiales pouvaient être la propriété en propre de seigneurs, c'est à dire hors lien de fiefs et vassalité.

Évolutions du foncier et de ses charges du IXe-Xe siècles au XIe-XIIIe siècles: le tournant de 1030-1060: vers la féodalisation et l'alourdissement de la rente foncière.

Que ce soit en alleux, ou en manses, jusqu'au tournant du XIe siècle ( la « crise » de 1030-1060) la moyenne propriété est dominante. Dans les manses ou tenures parcellaires les redevances semblent modérées (Bourin-Derruau, 1987, tome 1, p.120).

  • La crise de 1030-1060 et la féodalisation : conséquences sur le foncier.
Par contre, la crise de 1030-1060 avec le développement d'une « aristocratie locale », « militarisée » dans ses « castra », de la féodalisation (liens personnels d'homme à homme), qui s'est appropriée les droits de « ban » (justice) va accroître, pour la paysannerie, les liens de dépendance et les redevances, dont certaines nouvelles, pesant tant sur le foncier, que le bâti, et les personnes.
L'alleu «paysan » disparaît ainsi petit à petit au profit des tenures et censives . A partir de 1150 il ne subsiste « que dans les milieux seigneuriaux et chevaleresques et aux mains de quelques personnages enrichis » (Bourin-Derruau, 1987, tome 1,p.228-229).
Significatif de ce poids de l'aristocratie militaire est, à Nîmes, en 1144, l'achat, par 4 chevaliers des Arènes et consuls, au vicomte Bernard Aton V des garrigues au nord de la ville pour 1000 sous melgoriens (Wolf,1985, p.239).

  • Féodalisation, à partir du 11e siècle, et alourdissement des charges sur le foncier.
La féodalisation fait que, peu à peu, les paysans (« pagenses »), jusque là libres, entrent en dépendance qui d'une abbaye, d'un évêque, d'un châtelain. Tenures et manses sont cédées avec leurs « homines ». Droits de mutation et d'entrage font leur apparition, de même que les conditions financières de « déguerpissement » ( = quitter une tenure) pour les tenanciers (Bourin-Derruau, 1987, tome 1, p.196).

Le cens (redevance fixe), la tasque (redevance proportionnelle), les corvées, globalement modérées, étaient, essentiellement « vicariales » (dues au vicomte et comte), sans doute pour l'usage des terres communes. Ces charges vont être détournées ( les « exactions »)- et alourdies - par nouveaux seigneurs châtelains ou banaux, laïcs, ou ecclésiastiques. Ainsi la règle de la redevance proportionnelle (la tasque) devient celle du « quart » ou « champart » (Helas, 1993, p.149).

Des charges nouvelles apparaissent telle dans certains cas, l'albergue, pesant sur des tenures paysannes ou des manses: l'obligation de fournir gîte et couvert aux agents seigneuriaux. Cependant, plus tard, au XIIIe siècle, elle a disparu des tenures pour ne plus concerner que certains manses, exemptées de toutes autres charges: il s'agit alors, en fait, d'un fief noble, d'un lien militaire de vassalité. (Bourin-Derruau, 1987, tome 1, p.129-131).

Les corvées s'alourdissent en « boayries  » (labours par boeufs), « asenayries » (transport par âne), « manoeuvres » (comme le ramassage de sarments).

Apparaissent « l'acapt » ou droit d'entrage et la « lauzime », droit de céder son manse et « enfin, une taille en argent » (Bourin-Deruau, 1987, p.203, 236-237).

La perception des redevances peut être concédée ou affermée au « tarif » d'un quart pour les redevances domaniales, d'un tiers pour les redevances vicariales.
Les redevances peuvent être commutées en nature ou en argent. Elles peuvent être fusionnées- et simplifiées-, surtout dans le cas de l'émiettement en apenderies et borderies.

  • Le manse perd de sa « belle unité »: apparition des « apendaries», « borderies », et recompositions en « masades » à partir du XIIe siècle.
Du fait du croît démographique, plus net à partir du XIIe siècle, des successions et mutations, des réorganisations de terroirs, le manse, du moins en plaines et bassins jouxtant les garrigues (les reliefs), ne peut plus fonctionner en une unité autonome pour une seule famille.

Il est de plus en plus fréquemment démembré en « apenderies » et « borderies » - avec les redevances afférentes - quitte à induire de nouvelles recompositions sous forme de « masades » - avec les redevances afférentes- incluant des parcelles, jusque là indépendantes des anciens manses, dont des parcelles précédemment défrichées sur les pentes ou reliefs.

  • La généralisation des tenures parcellaires  et l'apparition d'un marché foncier à la parcelle.
Il s'agit, en fait, d'une évolution , au fil du croît démographique et des successions, vers l'éclatement du manse (Helas,1993, p.151). Les redevances ne pèsent plus sur l'ensemble tenure-manse, mais sur chaque parcelle, chaque bâtiment. Il se crée un véritable marché foncier, plus souple, plus individualisé, sous forme tenures parcellaires, corrélatif de l'essor de l'économie monétaire.

  • Bornage, arpentage et mesures des parcelles.
La parcelle devient ainsi la base du recouvrement de l'impôt et une valeur monétaire en soi. Il est alors important de bien chiffrer sa surface. C'est le travail des arpenteurs. Il est aussi nécessaire de contrôler sa surface, surtout si elle s'est accrue par empiètements et donc serait sous imposée. Cela donne lieu, dans certains cas , à des opérations de bornage (Mousnier, 2004/2).

  • Démembrements, parcellisation et augmentation de la rente foncière seigneuriale.
Dans ce contexte de morcellement, parfois « à l'extrême », risquant de réduire les redevances à peu de chose, les actes prévoient que les redevances ne seront plus identiques à l'origine, c'est à dire proportionnelles à chaque nouvelle tenure-masade, ou tenure-parcellaire, mais, du moins pour certaines d'entre elles, légèrement accrues pour chaque nouvelle masade.

Par ailleurs le marché foncier des tenures est devenu plus actif et s'exprime , pour partie, en valeur monétaires. Ceci reflète la rareté croissante des terres, ce qui en augmente le prix, donc les revenus seigneuriaux. En effet les seigneurs ont gardé leur « dominium » (leurs « droits éminents » sur ces terres), en particulier les droits de mutation (acapte, lauzime) particulièrement élevés (Viadier, 2006, p.13), souvent plus rémunérateurs que le cens lui même.

  • Le morcellement foncier du 11e et 12e siècles.
Corrélativement à ces évolutions et au regroupement de l'habitat au « castra », le village fortifié-centre, les redevances sont distinguées entre chaque élément -dispersé- de l'exploitation: les terres, les bâtiments d'exploitation, la maison au village (la « domus ») (Bourin-Deruau, 1987, p.224-225: « l'éclatement du manse »).
Ce morcellement se répercute également sur les parcelles, qui peuvent être partagées. Ce serait , par exemple, la cause de l'apparition de parcelles en lanières ( rectangles allongés) , dont certaines ne portent que 3 rangées de ceps. (Bourin-Deruau, 1987, p.200-201).

12e siècle :diminution de la taille des parcelles, changement de morphologie, et intensification culturale.

  • Diminution de taille des parcelles.
Peu à peu, du fait du croît démographique, plus de parcelles sont mises en culture, et de manière plus intensive.
Corrélativement, le croît démographique et les partages successoraux se traduisent par une diminution progressive de la taille des parcelles.
Dans le Bitterrois et le Narbonnais, la taille – moyenne- des parcelles a régressé de 4,85 modiées (19,4 hectares) dans la période 850-900 à 0,8 modiées (environ 3,2 hectares, nonobstant une relative modification de la valeur de la modiée) dans la période 1050-1100 (Bourin-Derruau, 1987, tome 1, p.96).

  • La morphologie parcellaire se transforme peu à peu.
En Bitterrois et Agadès Alors que dans la période précédente, de de 850 à 950 environ, la forme dominante des vastes parcelles est le rectangle, accessoirement le trapèze, dans la période transitoire suivante, de 950 à 1080 environ, la forme des parcelles, plus petites, se diversifie: outre rectangles et trapèzes, apparaissent des rectangles très allongés,en lanières, des carrés, des trapèzes à côtés non parallèles, reflétant, peut-être, également des adaptations à des situations de relief et de sols plus variées (Bourin-Derruau, 1987, tome 1, p.58 et 59).

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En pays nîmois et Uzège, on passe également, du Xe au XIe siècle, globalement, de formes régulières, massives, ici sous forme de carrés et de trapèzes à côtés parallèles, à des formes plus réduites et irrégulières (Durand, 2003, p.157-165).


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  • L'organisation des terroirs change entre le 10e et le 11e siècle.
Jusqu'au Xe siècle (environ), voire XIe siècle, l'organisation du terroir est encore, essentiellement, celle héritée de l'antiquité romaine, c'est à dire la centuriation, orthonormée, par carrés de 717 mètres x 717 m (environ). Dans ce cadres se répartissaient, se « dispersaient », les « villae », véritables petits hameaux.

A partir du XIe siècle la création – progressive - des villages fortifiés (les « castra » et « l'incastellmento »), regroupe l 'habitat en un « centre ».
Dès 986 Lavérune est qualifié de castrum. En 1025 Pignan est un castrum, puis, en 1114, un castel. En 1062 Cournonterral est un castellum, puis en 1112 un castrum. De même Cournonsec en 1063 et 1099. Suivent les castri de Fabrègues en 1124, Murviel en 1149, Saussan 1169, et – plus tardifs- les castri de Terral et Védas en 1288 (J. Segondy , L.Secondy, 1999, p.46).

Parfois même, dans le cas d'un ancien village préexistant, il s'agit d'un véritable déménagement. Le village de Saint André d'Aubeterre, en terres basses est transféré, en 1200, à Teyran au sommet du plateau et de la nouvelle forteresse (Bracq, 2005, p.9 ; Marie-Orgeval,2007, p.11-12).

Il faut alors repenser l'organisation du terroir avec des voies de circulation « en étoile » à partir de ce nouveau centre. Un certain nombre de parcelles, précédemment carrées ou rectangulaires, deviennent triangulaires ou trapézoïdales (Durand, 2003).

Certes la transformation n'est pas absolue, radicale: bien souvent la nouvelle trame se superpose à l'ancienne, ou, encore, la nouvelle s'impose d'autant plus à proximité du nouveau village, dans la plaine, dans les bassins intra-garrigues, et d'autant moins à distance dans les soubergues. Et bien évidemment, les reliefs ont pu faire obstacle à ces trames, anciennes ou nouvelles.

  • Intensification des cultures.
La diminution de la taille des parcelles pousse, par là même, à l'intensification des méthodes de culture (Bourin-Derruau,1987, tomev 1, p.95-96).

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(Source: Bourin-Derruau,1987,tome 1,p.44)

En particulier, on constate, au travers des contrats de complant et des cartulaires un assez net développement de la vigne (Bourin-Derruau,1987,tome 1, p.96-101) mais également des « ortales», « ferragines », et « condamines ».

  • La viticulture se développe : « la belle époque de la viticulture 1250-1350 » (Le Roy Ladurie, 1969, p.19).
Les décomptes de vignes échangées (achats/ventes) , mentionnant les confronts avec d'autres vignes existantes (c'est à dire existence de vignobles en « terroirs  mono-culturaux »), et la comparaison avec les échanges de champs font apparaître, entre le Xe et le XIIe siècle une nette augmentation du nombre de vignes et de leur proportion par rapport aux champs.
Une autre source va dans ce sens: les contrats de complant, portant sur des replantations ou de nouvelles vignes, « plantiers » ou « mailleuls » (de moins de 4 ou 5 ans) sont en augmentation numérique.

Si le phénomène est bien marqué sous formes de vignobles en zones péri-urbaines (Béziers), atteignant jusqu'à 40 % des terroirs cultivés (Le Roy Ladurie, 1969, p.19), il se manifeste aussi, certes de façon moindre - et différente, en parcelles de vigne isolées, non confrontées de vignes, c'est à dire hors vignobles, dans l'arrière pays, comme dans les possessions de l'abbaye d'Aniane.

Certes la majorité des vignes sont localisées sur les fertiles terres bords de rivières,mais certaines sont créées sur les pentes des « pechs  » isolés dans les plaines, voire sur les bords de l'ager, sur les premières pentes des reliefs de garrigues.

Cette extension de la vigne serait à mettre en relation avec plusieurs éléments :
  • une demande accrue liée modification des habitudes alimentaires c'est à dire des consommations locales de vin plus importantes « entrées dans les mœurs »
  • à un meilleur revenu, une meilleure rente foncière
  • une meilleure appréciation de la valeur des « terres à vigne »
  • la « conquête » de terres nouvelles au détriment des ripisylves (cf ci-dessous)
  • nécessitant des investissements d'aménagements, outre les frais et l'amortissement des plantations.
  • Enfin, la vigne, « culture peuplante », serait à mettre en relation avec une population plus importante (Bourin-Derruau,1987, tome 1, p.98-100)
  • ainsi qu'avec des demandes plus lointaines extérieures à notre région des garrigues du Gard et de l'Hérault.
Pour la région nîmoise le grand débouché est la papauté d'Avignon, du moins jusqu'à son départ en 1403. Un inventaire d'un cellier nîmois comptabilise 97 foudres de 600 litres chacun à destination d'Avignon (Grava, 2006, p.111,112).
D'autres débouchés sont plus lointains : Gênes ou Paris (Le Roy Ladurie, 1969, p.19).

  • Les débuts de la sériciculture.
Dès 1235 l'industrie de la soie est attestée en Cévennes, essentiellement pour des exportations sur Marseille. Il semble que le ver à soie aie été élevé à base de feuilles de mûriers, dans la région, en particulier vers Anduze, dès la fin du 13e siècle.

En 1296 le métier des dévideuses (trahandières) et dévideurs de cotons s'organise à Nîmes. La production est à destination de la papauté avignonnaise, en concurrence avec celle provenant de Lucques en Toscane. (Grava, 2006, p.112).

  • Les jardins : « orts » et « ortales» prennent une nouvelle ampleur au 11e et 12e siècles.
Certes les jardins (potagers, voire vergers), « figures obligées » de la subsistance, existaient déjà, auparavant, dans les « villae », puis manses et casals.
Mais, à partir du XIe-XIIe siècle, ils prennent une autre ampleur du fait de l'accroissement démographique, tant pour l'auto-consommation complémentaire des « bleds » que comme production permettant un revenu complémentaire par ventes .

« L' hort » familial , d'auto-consommation est le complément obligé de la « trilogie »du bâti (le « casal »), de la cour (« curtis) mentionnée telle quelle dans les contrats d'arrentement, les actes notariés, et, plus tard, les compoix.
« L' hort » est une parcelle d'un quart d'arpent soit environ 1000 à 1200 m2, surface jugée nécessaire à l'approvisionnement d'une famille, ou souhaitable pour attirer des nouveaux habitants dans le . Dans les actes elle n'est pas toujours individualisée, étant comprise dans la « trilogie bâti-cour-jardin » (Quellier, 2012, p.13 et suivantes).

Vu la multiplication des habitants cette « intensification jardinière » se traduit par l'apparition à proximité immédiate des « castra »,de zones organisées de jardins – les « ortales». Ces « ortales » sont régulièrement fumées. « A Aniane, au XIIe siècle, il existe des terrains qui, au milieu des jardins, servent à entreposer ou fabriquer le fumier ».
Les orts sont également irrigués : installés près des rivières et des canaux des moulins (qui ont fait leur apparition depuis le IXe siècle) les « orts » bénéficient de l'eau d'irrigation. A Aniane, au XIIIe siècle, la communauté installe et organise un vaste ortal « au delà de la porte de Montpellier, utilisant probablement les eaux du ruisseau des Corbières », avec des vannes pour chaque jardin.
Le plan masse des cultures de l'an XIII (1808) indique encore la présence de jardins dans ce secteur.

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Source : Archives Départementales de l'Hérault.

Le jardin peut donc être soit une propriété individuelle, soit celle d'une communauté ou d'une seigneurie ecclésiastique ou laïque : chaque abbaye possède ses jardins que ce soit dans ou hors de ses murs. Début XIIIe siècle l'abbaye d'Aniane possède à Montpeyroux 2 jardins. En 1190 Béranger de Puisserguier possède à lui seul, à Popian 14 jardins (Bourin-Deruau,1987,tome I, p.162 à 169).
Dans ce denier cas il s'agit d'une véritable « entreprise horticole et maraîchère » destinée à la vente sur les marchés.

Les villes elles mêmes s'entourent d'une ceinture verte de jardins et vergers telle à Montpellier dans les fossés de la « Commune Clôture » (Le Roy Ladurie, 1969, p.19).

  • Les « ferragines » et l'intensification culturale.
Il s'agit de parcelles cultivées en céréales ou légumineuses coupées en vert pour le fourrage (« ferrage ») ou laissées à grainer pour la semence. Vu leur importance dans le système agraire ces parcelles sont particulièrement soignées, fumées, irriguées. Elles se situent à proximité du village et du château, dans le même quartier que celui des jardins, parfois même confondues avec celui ci. Les parcelles sont de petite taille ( 1 à 2 sétérée, soit 20 à 40 ares) (Bourin-Derruau,1987,tome I, p.166 et 167).

  • Les « condamines » ou « rivages » et l'extension du foncier agricole sur les terres alluviales.
Avec l'abondance de main d’œuvre, les progrès techniques de l'attelage et de la charrue, de l'hydraulique avec, en particulier, la création de moulin avec la régularisation de cours d'eau (barrages-pessières, canaux - « béals » d'amenée et de fuite, digues,...) des terres de rives (« ribes ») jusque là inondables ou érodables deviennent accessibles au prix d'aménagements (canaux de dérivation, plantations de saules, levées de terre,...etc...) .

Nécessitant de lourds investissements ces terres sont seigneuriales, dans le cadre du manse, plus exceptionnellement d'origine « bourgeoise » urbaine.

Ainsi en 1299 les religieuses de l'abbaye du Vignonoul obtiennent du roi Jacques II l'autorisation d 'edifier une digue le long du Lassédéron. Il existe toujours, à l'heure actuelle, des vestiges de cette digue. Les religieuses peuvent détourner les eaux pour irriguer leurs terres. Elles y édifient le moulin de la Tourille (J. Segondy, L. Secondy, 1999, p.70).

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Source : géoportail.

Les condamines sont le plus souvent de très grandes parcelles – ou blocs de parcelles- avec des moyennes d'une trentaine d'hectares au XIIe et XIIIe siècles, alors que les parcelles « ordinaires » n'ont des moyennes que de 0,25 hectares.

Situées en zones humides elles jouxtent souvent les ortales et les ferragines.

Ces terres sont travaillées beaucoup plus intensivement que les « simples champs. Elles sont labourées à l'araire tractée par des bœufs, ce travail étant 15 fois plus productif que le labour à la main à l' aissade (la houe coudée). Les labours sont également plus nombreux, jusqu'à trois voire quatre pour année agricole commençant en « guéret » après la récolte précédente. Il peut s'y ajouter pendant le repos biennal de la terre un labour en « sadonat » (il ne s'agit pas d'une « jachère herbeuse). Les terres sont fumées.

Dans ces conditions de fertilité et d'intensification des façons culturales ces terres permettent de cultiver des productions plus valorisantes telles les prairies (éventuellement de fauche), le froment (et non plus l'orge), la vigne, et avec des rendements plus élevés. Il s'en suit des revenus plus importants donc une rente foncière, ainsi qu'une valeur en capital plus élevées.

Ces « condamines » ont été nombreuses (environ 250), couvrant une surface non négligeable (environ 7200 hectares, du Bitterois à la vallée de la Cèze). (Bourin-Derruau,1987,tome I,p.171 à 179 ;.Durand, 1999 ; Durand, 2003, p.259-256 ; Durand,2004, p.14 ; Roque et alii, 2011, p.18).


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(Source: A. Durand: les paysages médiévaux du Languedoc 10e-12e siècles », p.261)

Même si, postérieurement au XIIIe siècle, nombre de condamines ont pu être totalement ou partiellement démembrées, il en reste, encore aujourd'hui, de nombreux témoignages dans la toponymie repérables dans les cartes IGN et les cadastres.

La majorité des condamines se situent donc dans les plaines alluviales, mais, éventuellement, à proximité des garrigues (des reliefs), comme par exemple, au nord et au sud d' Aniane dans la plaine de l'Hérault ou à Campagnan:

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Extrait de carte IGN 1/25.000e, édition 1978: condamines au nord et au sud d' Aniane, en bordure de l'Hérault et des garrigues.

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Extrait de carte IGN 1/25.000e, Pézenas, 2644 est, édition 1981: condamines de Campagnan, en bordure de l'Hérault et des garrigues.

Parfois, un simple ruisseau suffit pour l'irrigation comme dans le cas de Salinelles, à partir du valat des Boutines:

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Extrait de carte IGN 1/25.000e, Sommières, édition 1979.

...ou encore à Coupiac, à partir du ruisseau de l'Ergue:

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Extrait de carte IGN 1/25.000e, St Martin de Londres, 2742 Ouest, edition 1979.

...ou même à partir de simples points d'eau, en contrebas du village et du causse, comme à Corconne:
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Extrait de carte IGN 1/25.000e, Claret, 2742 Est, edition 1979.

Cependant, d'autres condamines peuvent être situées en pleines zones de causses, à la faveur de micro-bassins cultivables et pourvus en eau, comme, par exemple à Viols en Laval ou Valmalle, sur le causse d'Aumelas.
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Extrait de carte IGN 1/25.000e, edition 2001: condamines de Viols en Laval, en garrigues

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Extrait de carte IGN 1/25.000e, edition 1986: condamines de Valmalle (St Paul et Valmalle), dans un micro-bassin du causse d'Aumelas, mais avec des points d'eau.

Dans tous ces cas de figures géographiques, on notera la proximité entre condamines et lieux d'habitat (les villages -castra), ces cultures intensives nécessitant plus de soins.

On estime à 7200 hectares nouveaux, ainsi gagnés par les condamines, entre le 10e et le 12e siècles. (Durand, 2003, p.332).

  • Le gain de foncier agricole par assèchement d'étangs.
Dans la même logique d'aménagements hydrauliques, nombres d'étangs, de zones marécageuses, sont drainées afin de gagner des terres nouvelles. Les toponymes de « l'étang », de « l'estagnol » se rencontrent ça et là dans la zone des garrigues (par exemple au Pouget,-34-, à Saint Guilhem le Désert).

Ainsi, dans le sillon de Montbazin, la commanderie templière de Launac crée un canal d'assèchement l'étang de « l'estagnol » à la rivière Vène.
Les Templiers, installés dans la plaine de Fabrègues-Pignan-Cournonterral, aux domaines de Launac, Granouillères et Saint Jean de Clapasses, achètent en 1175 une partie de l'étang de Coculles (dit aussi de Launac). Pour assècher cet étang (actuel lieu dit l'estagnol) il font creuser le fossé de la Capoulière qui rejoint le ruisseau de la Garelle (J. Segondy, L. Secondy, 1999, p.61).

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Source : géoportail

Dans certains cas il se peut que l'assèchement aie été de type temporaire, selon le système de « l'assec-évolage » : par périodes l'étang, aménagé avec des fossés (les « recs ») d'amenée et de fuite (les « agouilles ») équipés de marteillères, est rempli, fournissant une réserve en poissons. Dans d'autres périodes il est assèché, pour la « récolte » des poissons, le curage, voire pour une prairie temporaire. Cela aurait été le cas à l'étang de Tortorières à Villeveyrac, au finage de Vairac. Mais l'existence de cet usage reste néanmoins objet de débats scientifiques. (Durand, 2004,p.294-295 ; Abbé,2006,p.89-90).

Au total les gains de foncier agricole en plaines, au bord des cours d'eau et sur les zones humides (condamines, ribes, étangs asséchés), au moyen-âge (XIe-XIIe siècles) auraient représenté de l'ordre de 10.000 hectares. Au delà de la simple donnée chiffrée de cette période, ces gains médiévaux ont façonné le paysage des vallées qui perdure jusqu'à nos jours.

Les forêts et les défrichements en garrigues (reliefs) (du Xe au XIVe siècles).

  • La première phase des défrichements du foncier forestier du 11e et 12e siècles.
Ils peuvent prendre plusieurs formes et qui ont pu pu évoluer dans le temps.

Il est probable que, dans une première phase, avant 1150, où l'on ne possède quasiment pas d'actes écrits à ce sujet, il a pu s'agir de parcelles isolées, hors manses, sous forme d'alleu, fruit d'initiatives paysannes.

Il peut s'agir d'opérations de plus grande envergure d'origine seigneuriales laïques ou ecclésiastiques des « abbayes forestières » (George,1983, p.89), avec les défrichements monastiques.

C'est le cas en particulier, de l'abbaye de Valmagne, dans les collines de la Mourre, au sud du causse d'Aumelas.fondée en 1138, rattachée en 1159 à Citeaux, (Helas, 1993, p.153 ; Cholvy, 1976, p.55). Cette abbaye contrôle rapidement un vaste territoire, fait de vallons cultivables et de reliefs boisés, s'étendant au nord des fiefs de Fondouce et Marcouine, à l'est à celui de Veyrac, au sud aux granges de Valjoyeuse et Saint Martin la garrigue, à l'ouest à celle du mas de Novi.

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Source : géoportail

C'est le cas, également , dans la première moitié du XIIe siècle,de l'abbaye de Vignogoul, une communauté moniale, sous l'égide de l'évêque . sur le terroir de Pignan, en limite de la plaine et des garrigues,

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Source : géoportail

En 1163 elle est rattachée à Citeaux. Au siècle suivant (1243-1256), elle possède des terres de cultures et de dépaissance sur un vaste territoire de garrigues et bassins de Gigean à Vailhauquès, à l'est du causse d'Aumelas (Site Abbaye de Vignoboul) (J.Segondy, L.Secondy, 1999, p.57).

A Saint Félix de Montceau, dans la montagne de la Gardiole, l'évêque de Maguelone installe, début XIIe siècle, un prieuré de femmes, qui deviendra, au milieu du XIIIe siècle une abbaye cistercienne (Cholvy, 1976, p.56).

Dans la plaine de Fabrègues-Pignan-Cournonterral et les garrigues de Launac dans la montagne de la Gardiole, les Templiers acquièrent Launac, le mas des Granouillères, et la métairie de Saint jean des Clapasses. Peu à peu ils accroissent leurs domaines. En 1218 ils acquièrent 6 pièces de terres sur la paroisse de Saint André, puis , en 1229 15 terres à Saint Michel de Mujolan, 14 à Saint André, 1 pré à Fabrègues. En 1230 Raimond de Mujolan leur donne la terre de Mujolan (J.Segondy, L.Secondy, 1999, p.59).

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Sources : géoportail
Acquisition de terres par les Templiers, au 13e siècle, dans le sillon de Montbazin et dans le massif de la Gardiole.

Il peut s'agir, aussi, de la main mise seigneuriale, a posteriori, sur les défrichements « spontanés », paysans, de la première phase du 11e siècle (A.Durand, 2003, p.302-308).

Que ce soit, à l'origine par défrichements spontanés de paysans sous forme d'alleux, ou par opérations seigneuriales et ecclésiastiques de plus grandes envergure, sous forme de manses, dans les deux cas, on est, ici, dans de véritables extensions, nouvelles de « l'ager », dans des « fronts pionniers », géographiquement bien localisés et cartographiables (Durand, 2003). Il ne s'agit plus, comme dans les périodes précédentes, notamment carolingienne au IXe siècle, de reconquérir des terres de l'ancien ager antique, délaissées du fait, essentiellement, de crise démographique. Il s'agit, maintenant (à partir du XIe siècle), de faire face à l'augmentation démographique, de subvenir au besoin de subsistance.

  • Le « front pionnier de défrichements » du causse d'Aumelas.
Un front pionnier particulièrement actif est celui du Causse d' Aumelas  du fait de la présence seigneuriale laïque et des abbayes (Bourin-Derruau, 1997, tome 1, p.7 ; Durand ,2003, p.192).

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Sources : géoportail
Carte des fronts pionniers de colonisation fin Xe-XIIe siècles (cartographie Panouillères Th., d'après Durand dans «  les paysages boisés du Moyen Age, les défrichements au Moyen Age », article dans « Bois et Forêts de l'Hérault », Archives Départementales et Office d'Action Culturelle de l'Hérault, 1998, Montpellier, page 28).


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Causse d'Aumelas, défrichements fin 10e-12e siècles.
Extrait de la carte des fronts pionniers de colonisation fin Xe-XIIe siècles (cartographie Panouillères Th., d'après Durand dans «  les paysages boisés du Moyen Age, les défrichements au Moyen Age », article dans « Bois et Forêts de l'Hérault », Archives Départementales et Office d'Action Culturelle de l'Hérault, 1998, Montpellier, page 28.

  • Description d'un défrichement en garrigues par un témoin, fin 12e – début 13e siècles.
Une description concrète, et assez unique, des techniques de défrichements et de culture nous est parvenue : celle de Gervais de Tilbury, dans son « livre des Merveilles » (un « best seller du moyen-âge »), de la période d'une vingtaine d'années environ (1189- 1214) où il résidait en Arles.

« ll y a dans la province de Narbonne, à proximité de Montpellier, le château de Montferrand : sur le territoire de ce château, après que l’on a rasé le bois et qu’on l’a brûlé, la terre est cultivée comme on le fait pour les champs nouvellement défrichés, et labourée à la charrue ; elle produit des vignes sans qu’on les ait plantées. Ces vignes poussées ainsi par le bénéfice de la nature font un très bon vin pendant trois ans ; puis elles retournent à une stérilité sauvage si elles ne sont pas brûlées de nouveau. (Sources : Gervais de Tilbury, Le Livre des Merveilles, trad. Annie Duchesne, Paris, 1992, p.36 citée par C. Viguier, 2008).
Le bois est donc coupé. On amende le sol par les cendres. Il s'agit de culture sur brûlis.
On choisit d'y cultiver la vigne ce qui confirme l'intérêt pour cette culture à cette époque, (tel que signalé précédemment dans les analyses de Bourrin-Derruau et Le Roy Ladurie).
Cette vigne « naturelle » pourrait être la « lambrunche » - ou « lambrusque » dite « vigne sauvage » mais qui, en fait serait un cépage ancien – ou résulterait de croisement de cépages. Une station existe encore de nos jours sur le Pic Saint Loup (communication personnelle du Centre d'Ecologie Fonctionnelle et Evolutive – CEFE- du CNRS Montpellier).
La mise en culture dure 3 ans , seulement. Au delà, il faut à nouveau amender à l'aide de cendres.

Les régimes fonciers des forêts.

  • Garrigues, forêts seigneuriales et droits d'usages des Communautés.
Dans la région des garrigues de l'Hérault et du Gard les forêts sont d'abord et surtout seigneuriales.
C'est le cas, en particulier, des forêts du comte d'Aumelas, des seigneurs nord montpelliérains au pic Saint Loup, causse de l'Hortus et bassin de Londres, de l'évêque d'Agde à Sète au Mont Saint Clair (actuelle forêt domaniale de Pierres Blanches).

Les seigneurs peuvent reconnaître - ou attribuer – moyennant redevances, des droits d'usages à des communautés.

en 1167, la communauté de « Castelnau, du Crez et du Salezon » obtient, de son seigneur, Guilhem de Montpellier un droit de coupe (ADH C 2978, cité par Pelaquier, présentation 2009, p.11).

En 1248 les « Hommes de Saint Victor de la Coste » obtiennent de leur seigneur, en emphythéose, la totalité des vastes pâturages de la montagne de Malmont (ADG 1J 1130, cité par Pelaquier, présentation 2009, p.11).

En 1263, la communauté de Montbazin obtient de son seigneur un tènement en garrigues (ADG C 2957, cité par Pelaquier, présentation 2009, p.11).

En 1313 la Communauté de Pignan obtient de ses 5 seigneurs la donation pure et simple, non révocable de tous les droits de propriété et de directes sur les garrigues (J. Segondy, L.Secondy, 1999, p.62).

  • Parfois, les Communautés deviennent propriétaires de garrigues et de forêts précédemment seigneuriales.
En 1124 le vicomte de Nîmes, Bernard Aton, fait donation « au peuple de Nîmes » des garrigues moyennant la forte somme de 1000 sous en monnaie de Saint Gilles ». Vers 1140 le « charroi de nîmes » évoque ces garrigues comme pâturages : «  donnez moi Nîmes où sont les tours pointues et son pays, et toute la pâture ». C'est là, pour la ville, le début d'une économie pastorale de la laine, de la viande, et du cuir. En 1144 cette donation est renouvelée une première fois, en présence des consuls de la ville (Grava, 2008, p.97). En 1185 « le comte de Toulouse confirme cette donation, « sans réserve, au peuple de Nîmes, pour servir à ses pâturages, de tous ses bois » (George, 1983, p.90 ; Martel, 2003, p.115).

Le bois de Valène sur la commune de Murles, était la propriété initiale du Comte de Mauguio, puis par alliance, de Raymond VI de Toulouse (1156-1122). Du fait de l'excommunication de ce dernier (croisade contre les cathares), le bois de Valène passe à l'évêque de Maguelone. Celui ci, en difficultés financières, le cède en 1215-1216 à la commune de Montpellier, alors en pleine expansion démographique et économique, s'assurant ainsi un proche et abondant approvisionnement en bois (Roque et alii,2011, p.42).
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Le bois de Valène à Murles (34) acheté, en 1215-1216 à l'évêque de Maguelone par la commune de Montpellier pour s'assurer de son approvisionnement en bois.
Source : Géoportail.

  • L'exemple de la forêt de la communauté de Puechabon : une « forêt alleutière ».
Dans certains cas il se peut même que des forêts aient échappé à la main mise seigneuriale telle, par exemple la forêt de Puechabon. Il s'agit d'un vaste « patus » (les 2/3 de la commune, soit 2016 hectares à l'époque). C'est un ensemble de biens indivisibles, qualifié dans les plus anciens textes d'alleu, c'est à dire libre de droits et de redevances. Nulle mention n'y est faite d'une éventuelle donation ou cantonnement d'usage par un quelconque seigneur. Ce patus aurait ainsi échappé à la féodalisation engagée au 12e siècle. Le droit de lignerage (coupe de bois et ramassage de bois mort) fut d'abord exercé dans le vallon de Corbière, au sud-est du massif. Le pâturage caprin et bovin s'exerçait sur une partie du patus. L'ensemble a fourni, pendant des siècles, des ressources considérables et variées à la Communauté (Roque et alii,2011, p.259).

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Les forêts actuelles de Puechabon :
en rouge la forêt communale, existante depuis le XIIe siècle au moins
en vert la forêt domaniale, achetée à la commune en 1923
Source : Inventaire National Forestier (IFN) Inventaire National Cartographie 34 sur le site de l'IFN
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La forêt communale de Puechabon et la combe de Corbière, premier lieu du droit de lignerage
Source : Inventaire National Forestier (IFN) Inventaire National Cartographie 34 sur le site de l'IFN

Suite du chapitre

: La surexploitation des forêts subsistantes et les premières règlementations (12e - 14e siècles), les zones nouvellement défrichées sur les piémonts, plateaux et micro-bassins associés, et la conclusion du chapitre, l'apogée et les impasses d'un cycle historique.

Le MOYEN-ÂGE (suite).

Discussion sur ce chapitre
(Merci de cliquer sur la flèche noir de la table des matières pour réduire celle-ci).

3ème période : de l'an mil (environ) à la peste noire (1348) et au début des "guerres anglaises" (guerres de "Cent ans"), (1000 - 1350)

La surexploitation des forêts subsistantes et les premières règlementations (12e - 14e siècles).


  • La forêt devient un véritable « or vert ».
Des besoins nouveaux et croissants apparaissent : verre, tuiles, poteries, fer, charbon,osier, bois de charpente et de menuiserie,cendres pour la fabrication du verre et la potasse des lessives, bois pour les verreries (J.L Roque et alli, p.18).
Des conflits d'usages peuvent mettre aux prises plusieurs communautés.
Au 14e siècle les habitants de Cournonterral avaient mis en déroute ceux d'Aumelas sur l'usage des bois du seigneur d'Aumelas. (ce serait là l'origine des « Pailhasses ») (Roque et ali, 2011, p.37).

  • Les verreries en forêts se développent (12e-14e siècles).
Diverses verreries existaient précédemment en forêts (sur lesquelles on ne possède pas d'actes directs) comme , par exemple, celle d'Assas (34) (Cristal, 2005, p.154).
Mais de nouvelles verreries apparaissent comme celles de la chartreuse de Valbonne (30), celle de la Seube à Claret, datée du XIIIe siècle, celle de la Baume à Ferrières les Verreries, attestée avant 1355, ... (Riols cité par Cristal, 2005, p.167-168).
Des familles de verriers sont attestées à Orthoux (30) (les Faucon), à Sérignac (30) (les Azémar), proches du Vidourle et ses forêts,

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Forêts de Sérignac, proches du Vidourle
Source : géoportail.

à Monoblet (30) (les Cailar ou Caylar), à Maruejols le Gardon (30) et à Corconne (30) (les Roy) (Cristal, 2005, p.175-176), à Méjannes le Clap, début XIVe siècle (les Aigaliers alliés au Queylar, Azémar, Faucon) (Cristal, 2005, p.178).

  • La forêt, base d'une nouvelle économie spéculative.
Certains autres besoins forestiers relèvent plus encore de l'économie spéculative tels l'essor de la laine, des cuirs, pour les « proto-industries » textiles et de tannerie et ceci dans un contexte de développement de l'économie monétaire (l'argent remplaçant, peu ou prou, le troc et les redevances en nature (Roque et alli, p.18).

  • Le pouvoir royal renforce son administration et son contrôle des forêts domaniales.
Ces utilisations croissantes de la forêt, au risque de la détruire, amènent le pouvoir royal à administer et contrôler plus rigoureusement les usages des forêts domaniales.

Sous le règne de Louis VII le Pieux (1137-1180) des enquêteurs royaux vont maintenant superviser l'action des baillis.

Sous Philippe Auguste, l'ordonnance de 1219 utilise pour la première fois le terme d' « Eaux et Forêts ». Elle crée le nouveau corps spécialisé de gardes forestiers, en remplacement des attributions générales des prévôts et baillis.
En 1291 l'ordonnance de Philippe le Bel crée le corps des « maîtres des Eaux et Forêts », avec toute une hiérarchie de « gruyers », gardes, maîtres-sergents, ayant juridiction sur des « maîtrises » territoriales (comme celle de Montpellier).

En 1346, au maximum démographique, du fait de la pénurie de bois et la hausse de son prix, l'ordonnance de Brunoy, de Philippe VI de Valois, décide de ne plus attribuer de droits d'usage. (Roque et alli, 2011, p.20). Elle institue, également, dans son article IV, que « les maîtres de Forêts enquerreront toutes les forêts et bois qui y sont et feront toutes les ventes qui y sont à faire , eu égard à ce que les dites forêts et bois puissent perpétuellement soustenir en bon état ».
(Office National des Forêts : « l'élu forestier, les fondamentaux, http://www.onf.fr/communes_forestieres/++oid++a93/display_media.html#publish_notes et Centre historique des Archives nationales, bibliothèque historique, in 8° US 277 – S I 127, Isambert, Decrusy et Jourdan : «recueil général des anciennes lois françaises depuis l’an 720 jusqu’à la révolution de 1789 »).

Cependant en Languedoc cette administration royale est trop peu nombreuse pour faire appliquer ces règlementations (Roque et alli, 2011, p.20).

  • Le « cantonnement » des droits d'usage en forêt.
En fait une autre « formule » existait : celle du «cantonnement » des droits d'usage (Roque et alii, 2011, p.26 et 382) .
Le propriétaire (Roi, seigneur laïc ou ecclésiastique) reconnaît l'existence de droits d'usage d' habitants ou de communautés sur sa propriété. Il les « cantonne » à un « canton » (une partie) de sa forêt, dont il abandonne (éventuellement moyennant rachat) la propriété de ces usages au profit de la communauté. Inversement la communauté n'aura plus de droit d'usage sur la partie restant en pleine propriété au seigneur. On a là l'une des origines des bois communaux.

Les zones nouvellement défrichées sur les piémonts, plateaux et micro-bassins associés (du 12e au 14e siècles) :

  • La forme de propriété : le manse.
La forme majeure de la propriété est le manse de piémonts, plateaux – et micro-bassins associés- créé et défriché au détriment partiel de la silva, avec les toponymes de « rouvière », « blaquière», « yeuse », « fage », comme, au milieu de centaines d'exemple le « manse de la Rouvière à Vailhauquès.  La primauté, ici, est l'élevage, sur les terrains de parcours (« saltus ») gagnés sur la forêt (« silva »).

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Les « rompudes » (terres défrichées) au XIe siècle sur le relief de la « Rouvière » (ancienne forêt de chênes), en bordure du bassin de Vailhauquès, au nord du causse d'Aumelas.
(extrait de carte IGN, 1/ 25.000e, Pignan, 2743 Ouest, 1979).

  • La diversité des cultures.
La céréaliculture (pas toujours présente) et les cultures de légumes occupent, de préférence, les terrains plats (« combes », « vallées », « vals »). Les pentes peuvent être plantées de vignes et d'arboriculture sèche (amandiers, oliviers) voire en complantation avec la céréaliculture . Dans certains cas les pentes vont être aménagées en « faïsses », comme à Arboras (34) au val Durant (Durand, 2003, p.311).
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Extrait de carte IGN, 1/25.000e, St Guilhem le désert, 2642 ET, 1994.

Les superficies cultivées (ne comprenant pas le saltus et la silva) de ces manses peuvent être estimées à une cinquantaine d'hectares. A Saint Bauzille de Montmel le manse de la Roque, en garrigues, est estimé à 56 hectares (Durand, 2003, p.306).

  • La céréaliculture des plateaux (et bassins associés) et hautes vallées (10e-14e siècles).
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(Source: A. Durand: les paysages médiévaux du Languedoc du 10e au 12 e siècle, p.314)

La céréaliculture repose principalement (à environ 50 %) sur l'orge, l'escourgeon d'hiver, céréale la mieux adaptée à la sècheresse et aux sols pauvres (Durand, 2003, p.313-320) donc, en particulier, sur les plateaux et pentes. C'est la nourriture de base du paysan, du moins jusqu'au milieu du XIVe siècle (Le Roy Ladurie, 1965, p.46-51).
Le froment, céréale noble, est semé, en principe, sur les meilleures terres, par exemple les condamines.
Jusqu'au milieu du XIVe siècle, on cultive aussi le « mescla », mélange d'orge et de froment, semés et moissonnés sur la même parcelle.

L'avoine est mentionnée à partir de 1030-1060, corrélativement à la redevance « d'albergue » c'est à dire de gîte et nourriture imposée par les seigneurs sur certains manses et tenures, en particulier, apparemment, ceux qui sont éloignés du « castrum » (château-village fortifié, centre du pouvoir seigneurial). Cette avoine ( « avena » ou « civada ») sert à nourrir les chevaux des « miles » ( ou « milites ») c'est à dire des hommes d'armes du seigneur. Sa culture est mentionnée dans des zones , dotées d'une certaine humidité, de plateaux et bassins associés, comme la cuvette de Saint Martin de Londres, le causse d'Aumelas (coeur de la seigneurerie des Guilhems de Montpellier), les hautes vallées telles celles de la Vis ou de l'Hérault.

  • Une culture itinérante et par rotations.
Dans ce front pionnier, gagné sur le saltus et la silva, les cultures ne sont pas géographiquement fixes. Du fait de la pauvreté des sols et de leur épuisement, il faut au bout de quelques années , laisser ces terres en repos: la friche (« l'aussedate »), éventuellement fumée par les ovins, s'installe sur ce tènement temporairement abandonné. Les cultures suivantes sont alors implantées sur une ancienne «aussedate » qui aura été essartée ou écobuée , apportant ainsi aux sols, de nouveaux éléments nutritifs, et, sans doute, évitant même de pratiquer un labour (Durand, 2003, p.317-323). On conçoit alors l'importance des surfaces nécessaires.
On estime à, environ, 17.000 hectares ainsi créés entre le 10e et 12e siècles (s'ajoutant à l'ancien « ager ») (Durand, 2003, p.332)

Cette accumulation de défrichements, sur 2 ou 3 siècles, peut aboutir à des densités importantes:
« les garrigues misérables de Nîmes atteignent, dès 1293, des densités comparables à celles du XVIIIe siècle » (Le Roy Ladurie, 1966, p.17).
On retrouve ici l'idée du front pionnier des seigneurial d'extension de l'ancien « ager » au XIe siècle (Durand, 2003, p.317, 319). On estime à 17.000 hectares de nouvelles cultures ainsi gagnées (par rapport à « l'ancien ager) entre le 10e et le 12e siècles, pour les actuels départements du Gard et de l'Hérault (Durand, 2003, p.333).

L'élevage en garrigues 12e-14e siècles.

Avec cet essor démographique et la pression sur les terres et l'élevage - essentiellement ovin, accessoirement caprin- au XIIIe siècle des zones seront interdites- au moins temporairement- au pâturage, voire à la dépaissance pour préserver les rares « boscs » restants: ce sont les « défens » (ou « devois », « dévès ») si fréquents encore dans la toponymie (A. Durand, 2003, p.306).

C'est que dans cette période de croît démographique, l'élevage principalement ovin, s'est développé : il faut fournir de la viande de boucherie aux villes en expansion (Nîmes, 20.000 habitants, Montpellier, 40.000), de la laine aux premières industries drapières et foires aux draps , apparues au 12e siècle, à Montagnac, Pézenas, Nîmes (Grava, 2006, p.97).
Les garrigues de Nîmes sont d'autant plus consacrées à l'élevage qu'elles trouvent des débouchés poches en viande de boucherie et en draps de laine, pour la Papauté avignonnaise, du moins jusqu'au départ de celle ci en 1403 (Grava, 2006, p.112).

En 1155, près de Montpellier, à Saint Georges d'Orques, la Communauté détient peu de patus. Il lui faut louer à l'abbaye de Vignonoul un devois de 500 sétérées 581 hectares environ) au Puech Rouquier et à la Gouyrasse, au nord du village. Il en coûte une reconnaissance d'usage à Madame l'Abbesse de dix setiers d'orge, à la Saint Michel de Septembre, évalués à 25 livres, portées ensuite à 30 livres (J.Segondy, L. Secondy, 1999, p.72).

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Source : géoportail

En 1305, les troupeaux de Saint georges d'Orques s'étant encore accru, la Communauté achète, à Agdemar de Montarnaud, pour 40 livres melgoriennes, l'usage annuel pour 30 setiers d'orge et 30 livres melgoriennes l'immense devois de Tamayran (actuel Tamareau) qui s'étend des Quatre Pilas aux abords de Saint Paul et Valmamalle, en prolongement des patus du puech Rouquier ( J.Segondy, L. Secondy, 1999, p.72).

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Source : géoportail

Conclusion : l'apogée et les impasses d'un cycle historique

Au total, à la veille du grand reflux démographique et foncier de 1350 à 1450, les campagnes des garrigues set de l'Hérault sont intensément peuplées et exploitées, atteignant une sorte de seuil , de « frontière » de la société selon l'expression de Le Roy Ladurie.
Dans les seigneureries rurales du pays nîmois , l'effectif humain, d'après les listes de feux s'accroît encore, en à peine 27 ans (de 1293 à 1322) de 23 %, presque un quart (Le Roy Ladurie, 1969, p.17) : des populations trop nombreuses face aux ressources mobilisables, aux mauvaises années climatiques, aux disettes, aux maladies et aux épidémies...et à la plus terrible d'entre elles : la peste noire de 1348 qui marque un tournant.


Le BAS MOYEN ÂGE de 1350 - 1500.

Discussion sur ce chapitre
(Merci de cliquer sur la flèche noir de la table des matières pour réduire celle-ci).

4e période : de 1350 à 1450


  • « L'étiage démographique de 1450 ».
La dépopulation sera terrible telle qu'on peut l'observer dans les livres de tailles, dans les compoix, avec la disparition des contribuables. C'est l'époque de « l'homme rare ». A Ganges 50 % des habitants disparaissent. D'une manière plus générale en Languedoc la population décroît de 50 à 70 %. Vers 1450 l'on atteint « l'étiage démographique »: le « degré zéro du peuplement » avec l'équivalent de1/3, seulement, de la population du XVIIe s.

Dans ce contexte le foncier agricole (l'ager) et les cultures reculent.

  • A commencer par le recul des cultures spéculatives, telle la vigne :
En Biterrois, représentatif néanmoins de l'ensemble du Languedoc, (voire du sud de la France), le recul des vignes a pu être mesuré en nombre de vignes pour 100 parcelles, c'est à dire en pourcentage du total des parcelles (Le Roy Ladurie, 1966, p.19).
1353 : 40
Fin XVe s : 6
1520 (reprise) : 20

  • En garrigues, le recul des cultures et des défrichements, le retour du saltus et de la silva.
Le vignoble est d'abord et avant tout abandonné dans les mauvaises terres, les moins productives , sur les reliefs de garrigues, contrairement aux riches terres alluviales, comme l'attestent les redevances seigneuriales.

Les « terres à grains » des reliefs de garrigues sont elles aussi abandonnées, remettant en cause les « fronts pionniers » de défrichements élaborés depuis le XIe siècle. Quelques grands domaines se constituent s'appropriant ce foncier vacant. (Le Roy Ladurie, 1966, p.21). Des écarts, des hameaux sont désertés. Des villages s'anémient, ainsi que leurs main d’œuvre paysanne et leurs contribuables.

En place de l'ager, c'est le retour du « saltus », puis de la « silva » à la place même des pâturages : c'est « l'impérialisme de la forêt  d'yeuses ». (Le Roy Ladurie, 1966, p.23).

Les évolutions de la propriété foncière entre 1350 et 1450.


  • La concentration foncière.
A la place du réseau de petites propriétés de 1350, il s'est constitué, par dépopulation, un rassemblement d'héritages et par vacance des terres, un réseau de moyennes et grandes propriétés, pouvant représenter jusqu'au 2/3 des propriétaires.
En 1460, dans des paroisses types, les grands domaines sont ceux qui comportent plus de 100 sétérées (environ 50 hectares) possédant 30 % du foncier.

  • Le démembrement de certains grands domaines.
Certaines domaines ecclésiastiques, en difficultés, ont pu être partiellement démembrés au profit de nouveaux propriétaires. C'est le cas, par exemple, des domaines de Fondouce et Marcouine cédés par l'abbaye de Valmagne. Quelque temps plus tard, en 1477 c'est l'ensemble de l'abbaye qui est mise en commende au profit de famille nobles, les Lauzières et de Villeneuve.

  • Mais c'est surtout la classe moyenne qui rassemble la plus grande partie du foncier .
Les moyens propriétaires détiennent chacun un foncier de 20 à 100 sétérées (10 à 50 hectares). Ensemble ils représentent 1/3 des propriétaires mais 50% du foncier des communautés.
Par contre le nombre de petits propriétaires s'est réduit et ne concerne plus qu'une partie réduite du foncier des Communautés : 1/3 de petits propriétaires subsistent sur 20%, seulement, du foncier. (Le Roy Ladurie, 1966, p.25 et 26).

- Remembrement foncier et « remembrement familial » : « l'affrèrement ».
A ce remembrement foncier correspond un « remembrement familial », sous un même toit «  à feu et à pot » autour du père, du chef de famille, seul détenteur réel du foncier, face à ses enfants, gendres ou brus. Par des formules juridiques de communautés de biens, de donations aux enfants avec réserve d'usufruit, de versements de dots de père à père, le « pater familias » garde la main sur le foncier.
Au-delà même de sa mort l'unité foncière est maintenue entre les enfants mâles par le contrat « d'affrèrement » c'est à dire la communauté de biens entre frères- la « frérèche »- « qui se font, symboliquement, donation réciproque de la moitié de leur foncier ».

« L'affrèrement » peut même dépasser le cadre de la frérèche : il peut se faire entre époux, voire hors de la famille par mise en commun de patrimoine, revenus et vie commune.
Cette formule juridique correspond en fait aux besoin de sécurité, dans des zones dépeuplées, manquant donc de main d’œuvre, et dans des zones de sols peu fertiles, peu rentables : elle sera pratiquée au delà de 1450 quand (de 1450 à 1550), du fait de la reprise démographique, il faudra reconquérir les sols abandonnés des anciens défrichements dans les garrigues (reliefs) (Le Roy Ladurie, 1966, p.38 à 43).

« L'avantage » aux fermiers, la diminution de la rente foncière .

Dans cette période de raréfaction de la main d’œuvre paysanne , les propriétaires, surtout les grands ont du mal à trouver des fermiers. Ceux ci peuvent alors « imposer leurs conditions ». les rentes en grains ou en argent chutent de environ 40 % avant 1350 à 1/3 voire 1/4, voire 20 %, y compris même les meilleures terres, les condamines.
Cette rente est d'autant plus faible que les propriétaires ont du diviser leurs fermages en plusieurs petits fermages, attribués aux petits propriétaires démunis.
Parfois même le propriétaire est obligé de fournir le crédit à ces petits fermiers pour acquérir le matériel, l'araire, le soc (la « reille »), la paire de boeufs...
Dans ces conditions le propriétaire ne peut guère dégager de capital pour des investissements.
Le capital foncier, tel quel, est peu rentable.

Les propriétaires-exploitants : l'exploitation directe pour maintenir la rente.

Dans ces conditions de faible rente, certains propriétaires n'ont d'autres choix que l'exploitation directe, en mettant eux mêmes la « main à la pâte », en recrutant eux même leurs ouvriers, commandés par un « bayle », en donnant leurs ordres, en faisant eux même les comptes, autrement dit en devenant propriétaires-exploitants.
Mais là encore le profit peut être obéré par le coût de la main d’œuvre, avec des salaires 3 fois plus élevés que dans la période suivante d'abondance démographique.
Il est donc plus intéressant de rester dans un contexte familial et lignager pour s'éviter ces coûts de main d’œuvre.
Dans ces conditions d'association de propriété foncière – de préférence moyenne- et d'exploitation directe, voire familiale, le capital foncier est rentable.

Les cultures : le froment dominant , céréale « noble ».

Avec une population moindre à nourrir et une plus grande disponibilité des bonnes terres, qui plus est remembrées, la culture du froment, céréale la plus « noble », prend une importance primordiale. Elle se substitue, pour partie à l'orge précédemment dominante du Moyen-Age, que l'on avait étendu jusqu'aux terres les plus sèches et les plus pauvres .
Dès lors l'orge, déconsidérée comme « céréale des pauvres gens » (Olivier de Serres) ne retrouvera plus sa place traditionnelle méditerranéenne dans l'alimentation humaine. Elle sera juste bonne pour les chevaux (Le Roy Ladurie, 1969, p.53-55).

Saltus et silva , 1350 -1450.


  • Les Communautés  sont en situation favorable .
Du fait du recul de la démographie et des activités, les revenus fiscaux des seigneuries sur les patus et forêts ont décru. Les Communautés sont en position de force pour renégocier leurs usages, voire acquérir ce foncier.
C'est le cas, par exemple dans le Gard rhodanien de Valliguières, de Saint Victor de la Coste (Pelaquier, 2003, p.70).

  • L'élevage « a la part belle ».
De vastes espaces de saltus et de silva sont disponibles. La production et la consommation de viande sont importantes. Les bergers ont la « part belle ». Dans le patus communal d'Aniane, en 1433, quatre bergers peuvent « imposer leur loi » face aux chefs de famille des laboureurs.
A Gignac, vers 1410 le nombre de troupeaux a été multiplié par 4, par rapport au siècle précédent (Lalanne, communication personnelle).

Le développement des verreries en forêt (1350-1500).

Le bois est redevenu abondant.

  • Une Demande croissante de verre.
La demandes est là : dès le XVe siècle les vitres (le verre plat) remplace le papier huilé, même dans les maisons modestes (Gaidan,1991, p.15). Le commerce du vin est également demandeur de bouteilles en grand nombre.

  • Des privilèges royaux favorisant la création de nouvelles verreries. La « charte de Sommières ».
Des verreries nouvelles sont créées en forêts, s'appuyant sur les privilèges accordés par le Roi aux « gentilshommes verriers » : celui de 1339 (de Philippe VI de Valois) (Gaidan,1991, p.13 ; Cristal, 2005, p.139), mais surtout, en 1436, les « règlements de Sommières » de l'ordonnance de Charles VII (Gaidan,1991, p.11) et le privilège de 1445 dite charte de Sommières (Cristal, 2005, p.140-141).

  • Les verreries et les terres cultivables et prairies.
Outre les installations de la verrerie elle même, il peut être nécessaire de disposer de champs ou jardins pour nourrir la main d’œuvre, de prairies pour les animaux de bât et le cheval du gentilhomme, signe de distinction sociale.
En 1394, à Rousson (Rousson la Verrière,au nord d'Alès), il se construit une « veyrière neuve » au mas de la Pénitence, « avec ses maisons, cazals, courts, jardins, terres, vignes et olivettes et autres possessions tant cultes que incultes duement confrontées, notamment avec le grand chemin royal de Saint Ambroix... » (Archives Départementales de l'Hérault, A.D.H, 2 E 96-2 citées par Gaidan, 1991, p. 49-50 et Gaidan, 2008, p.25).

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En 1394, à Rousson la Verrière,au nord d'Alès, Guillaume Pons construit une « veyrière neuve » au mas de la Pénitence, confrontant le grand chemin royal de Saint Ambroix (Gaidan, 2008, p.25).
Source : IGN Géoportail.

Au XIVe siècle, à Rousson, les Pons avaient une verrerie au mas de la Pénitence, les Aigaliers au village d'où ils tirent leur nom (proche d'Uzès) (Cristal, 2005, p.176-177).
En 1430 les Adhémar créent la verrerie du mas de Sueihes, dans la combe de Fambetou entre Pic Saint Loup et Hortus (Cristal, 2005, p.159). En 1449 un acte signale la verrerie de Pierre Adhémar à Assas. Quelque temps après les Adhémar acquièrent le mas des Lambuscalles (paroisse de Valflaunès), puis en 1457, le mas de la Vaisso à Pompignan (Cristal, 2005, p.154).
A la même époque se créent d'autres verreries : celle de Juoilhes au Rouet, à partir de 1436 (Riols , cité par Cristal,2005, p.170).

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La verrerie de Juoilhes, commune de Rouet, sur le causse de l'Hortus, crée en 1436.
Source : Géoportail IGN

à Notre dame de Londres, au mas Ricome,
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La verrerie du mas Ricome, à Notre Dame de Londres, créée au XVe siècle.
Source : Géoportail IGN.
au Coulet proche du col de la Cardonnille (entre le bassin de Londres et Saint Bauzille de Putois)

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La verrerie proche du Coulet et du col de la Cardonnille (entre le bassin de Londres et Saint Bauzille de Putois), créée au XVe siècle.
Source : Géoportail IGN.

et à Montoulieu, à Montguilhem :

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La verrerie de Montguilhem, à Montoulieu, créée au XVe siècle.
Source : Géoportail IGN.

Des verreries apparaissent également, au XVe siècle autour de Ganges (famille Castelviel) (Cristal, 2005, p.161). La présence de familles d'anciennes familles de verriers, de véritables dynasties qui se sont dissémin ées, est également attestée vers 1460 à Sauzet (30) (les Faucon), en 1501 à la Calmette (Jacques Azémar), à Saint Jean de Ferrières au XVe siècle (les deux frères Falcon ou Faucon qui y possédaient une verrerie), à Gaujac au XVe siècle (les Cailar).


5e PÉRIODE : 16e et 17e SIÈCLES, de 1450 - 1500 à 1680 (ou 1690)..

Discussion sur ce chapitre
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Une évolution démographique et économique cyclique :

Tout d'abord il faut « cadrer » cette longue période  de 2 siècles , voire 2 siècles 1/2 , marquée par deux phases de croissance et deux de crises.
Schématiquement, dans un premier temps qui sera détaillé par la suite, la période se présente comme suit :


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Les transformations de la propriété foncière sur l'ensemble de la période (entre 1450-1500 et 1680):


  • La reprise démographique, économique et de la rente foncière.
De 1450-1500 à 1680 (ou 1690) plusieurs facteurs modifient la « donne foncière ».
La reprise démographique, particulièrement vigoureuse en début de période au 16e siècle.
Les défrichements tant sur les terres « hermes » délaissées de l'ager, que par la reconquête agricole des anciennes terres des pentes et des reliefs de garrigues : environ 10 à 15 % de terres cultivables en plus.
L'essor économique qui accroît la demande en produits de la terre, de l'élevage et des bois, donnant ainsi plus de valeur au foncier.
Le décollage de la rente foncière au profit des fermiers, propriétaires-exploitants, et, dans une moindre mesure des propriétaires-rentiers.

  • La bi-polarisation foncière : grandes et petites propriétés.
Le nombre de propriétaires taillables (contribuables) s'accroît généralement par 3.
La moyenne propriété (laboureurs, ménagers), du fait des héritages et des divisions par lots, recule au profit d'une bipolarité foncière : le pullulement de la petite propriété, (un «océan de petites parcelles») et l'extension des grandes propriétés ( « des archipels isolés de grands domaines ») (Le Roy Ladurie, 1966, p.163).

En 1690 la moyenne propriété, de 20 à 110 sétérées (10 à 55 hectares) ne représente plus que 10 % des propriétaires et 25% du foncier. Elle s'est désintégrée, par essor démographique et partages successoraux au profit de la petite propriété (Le Roy Ladurie, 1966, p.25).

  • La « pulvérisation foncière ».
La petite propriété de 0 à 20 sétérées (0 à 10 hectares) a proliféré, surtout à partir de 1530 environ. Les micro-propriétaires se multiplient. Ils sont maintenant 40 % des propriétaires sur 40% du foncier. Certains ne possèdent qu'un « champ  al causse » « dont ils tirent 3 fois la semence...dans les bonnes années ». C'est l'essor d'un « océan de parcelles » et d'une plèbe cadastrale innombrable (Le Roy Ladurie, 1966, p.31).

  • L'accroissement des grands domaines (de 110 à 1000 sétérées = de 55 à 500 hectares).
Les grands domaines se sont accrus en superficie relative. Ils possèdent, en moyenne, 50 % du foncier des paroisses.

  • Ces nouveaux grands domaines sont souvent d'origine roturière.
C'est le cas, par exemple, des seigneurs de Bocaud à Jacou (34). En 1477, le fondateur de la lignée, procureur général de la cour des aides à Montpellier achète, à proximité de la ville, un domaine composé d'olivettes, vignes et quelques champs. Dans les années 1580 Pierre Bocaud épouse Françoise de la Croix, de la puissante famille de Castries. Elle lui apporte les seigneuries de Jacou, Teyran, Clapiers et les titres de noblesse. En 1744 les Bocaud possèdent près de 50 % des terres cultivables de la paroisse. En 1774, ils en possèdent 62,16 % et s'agissant des meilleures terres (Blanchemain, 2005, p.24 et 31).

  • Naissance d'une « bourgeoisie foncière rurale ».
Les propriétaires, souvent nouveaux, peuvent être des roturiers, des « coqs de village », de riches paysans ou marchands ruraux.
A Saint Guilhem le Désert les trois grands domaines relèvent de cette catégorie.
Un autre exemple est donné par la famille Jean, élargie « en biens communs », du hameau de Lancyre, à Valflaunès, près du Pic St loup et du causse de l'Hortus (au nord de Montpellier). En 1563 ils ont réussi à constituer un vaste domaine de 314 hectares composé de 50 hectares et 264 en pacages à moutons. En 1558 leurs revenus leur ont permis de construire une nouvelle bergerie, des granges à paille et des porcheries (Le Roy Ladurie, 1966, p.189).

  • Naissance de la propriété urbaine sur le foncier rural.
Les nouveaux propriétaires peuvent être des urbains, nobles, ou anoblis, ou bourgeois comme ceux du quartier St Firmin de Montpellier, décrite par les Platter, qui compte, en 1555-1565, 160 taillables (Le Roy Ladurie, 1966, p.174-175).

D’une manière générale, le 16e siècle, en particulier à partir du « surcroît démographique » de 1520, est le point de départ de la généralisation des grands domaines d'origine urbaine dans la région des garrigues (Dugrand, 1963, p.345).


Le FONCIER DURANT le "BEAU 16e SIÈCLE" (1500 - 1560) .

Discussion sur ce chapitre
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( additif de O. de LABRUSSE au 14 février 2013: depuis la rédaction de ce texte, il y a maintenant 1 an, début 2012, la réflexion et les lectures ayant progressé, la date de 1500 est à relativiser ou plutôt à "remonter" dans le temps. Le redécollage démographique et économique après la période dite "guerre de cent ans" , a commencé plus tôt. Selon différents auteurs et sources il se situerait à partir de 1450, ou 1460, ou 1470. Mais il est toujours arbitraire, bien sûr, de borner par des dates précises des évolutions structurelles de périodes entières).

Nous nous attarderons particulièrement sur le 16e siècle qui met en place les « fondamentaux » du foncier de la période, voire jusqu'au 18e siècle, quitte, dans un deuxième temps, à montrer différentes inflexions ou évolutions.

Une des solutions à l'accroissement démographique : Les défrichements des pentes et reliefs en garrigues au 16e siècle : l'exemple de la Vaunage nîmoise.

Un exemple donne la proportion de ces défrichements par rapport au terroir des communautés:

Langlade, en Vaunage nîmoise, bien connu par ses compoix,étudiés, en 1962 par un agronome, Barry, et le célèbre historien Le Roy Ladurie. En 1500 le bassin ou plaine de 385 hectares est totalement cultivé en terres labourables (306 ha), vignes (50 ha), oliviers (29ha).
En attente schéma répartition des cultures.

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Cette répartition est totalement classique de cette économie, essentiellement vivrière (79,5% pour les « bleds »), très secondairement spéculative (13% pour la vigne, 7,5 % pour les olivettes).
Seuls 3 hectares (2,93) nouveaux ont été défrichés et sont labourés dans la garrigue de 520 hectares, pour de l'orge et de l'avoine.
Les surfaces en bleds, en plaine, avec leurs faibles rendements, qui plus est stagnants à partir de 1520-1530, se révèleront insuffisantes tout au long du siècle. Pour faire face au croît démographique, une seule solution : augmenter les surfaces dans le seul espace disponible : la garrigue, malgré les difficultés du défrichement et la relative pauvreté des sols, donc des rendements attendus.

  • Les défrichements : la « faim de terres à bleds ».
En 1576, soit 76 ans plus tard, en garrigue 15 fois plus de terres ont été défrichées qu'au début du siècle: 44 hectares sur les lieux dits aux noms bien significatifs : puech chaud, combe de la cabre, Terre Loing, Puech des chênes...
En 1597 malgré - ou à cause?- de la crise de fin de siècle, l'expansion se poursuit : il en va de la survie des plus pauvres. Il s 'agit, maintenant de 85 ou 87 hectares, soit plus de trente fois que la surface initiale de 1500. (Barry,1962, p.437 ; Le Roy Ladurie, 1969, p.64 ; Teisseyre-Sallman, 2003, p.145 ;Martin,1987,p.82).

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Aujourd'hui encore, d'anciens parcellaires de défrichements, soulignés par des murets, sont encore présents dans les garrigues de Langlade. Certains pourraient dater du 16e siècle. (Ici, zoom sur le Puech de Vierne)

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Source : géoportail

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Au total, en 1 siècle, entre 1500 et 1597, le foncier agricole de Langlade s'est accru de 22,4%, alors que la population a doublé. Cela restera insuffisant assurer la subsistance de base de la population en céréales. Pourtant les défriches se sont faites essentiellement pour celles ci, et même en plaine se sont substituées partiellement à la vigne, qui a perdu, en 1576, 35 % de ses terres.
Au cours du siècle, le foncier agricole a donc évolué de plus en plus vers l'économie vivrière de subsistance, plutôt que vers l'économie spéculative.

  • L'appropriation privée des garrigues :
En 1500, la propriété de ces 520 hectares de garrigues se répartit entre 39 hectares de divers propriétaires (7,5 % de la surface totale) et 481 ha de communaux (92,5% de la surface totale).
Dans la partie privée (39 ha) l'essentiel est encore en bois taillis mis en défens (devès), soit 36,07 ha (92,48 % de la surface privative des garrigues).
En 1576 la partie privée (défrichée) des garrigues atteint 8,46 % de la surface totale de ces garrigues.
En 1594 elle représente 16,73 %.

  • L'évolution vers la micro-parcellisation des défrichements en garrigues au 16e siècle :
En 1500 les 22 parcelles privatives font 2 hectares en moyenne. En 1576 il y a maintenant 165 parcelles, ne faisant plus que 0,25 ha en moyenne .Les parcelles se sont réduites de 8 fois.

  • Un accroissement relatif des surfaces cultivées, consacrées quasi uniquement aux « bleds » :
Certes à Langlade la progression des surfaces foncières, en valeurs absolues (en hectares), dans le siècle est importante, voire spectaculaire.
Mais, en valeurs relatives, elle l'est moins : les 44 hectares supplémentaires défrichés en garrigues en 1576 représentent 14,38 % de terroir labourable supplémentaire, ajoutés à ceux de la plaine.
Ces terres défrichées sont consacrées quasi exclusivement aux blés (et ceci jusqu'en 1597). Le vignoble n'existait quasiment pas en garrigues : à peine 2 hectares en 1576 et 1597. On reste, ici, tout au long de ce 16e siècle, dans une économie vivrière. Encore ne s'agit-il, souvent, que de terres pauvres où les rendements iront décroissants (3 pour 1), ou, inversement, de terres lourdes, difficiles à labourer.

Les premières protestations contre les défrichements en garrigues.

Face aux autres usages des garrigues ( approvisionnement en bois, pâturages) les premières contestations se font jour.
En 1558 le Parlement de Toulouse interdit aux habitants de Nîmes « d'extirper ou de réduire en culture aucun endroit des garrigues » (Martin, 1987, p.82 citant Billange 1943).

Au 16e siècle, le foncier agricole reste majoritairement consacré à la «tyrannie des bleds».

(Le Roy Ladurie 1969, p.83-90 ; Teisseyre-Sallman, 2003, p.144-145).
Sur l'ensemble du diocèse de Nîmes, en 1552, les 2/3 des terroirs sont consacrés aux grains, représentant 63% du total des dîmes. Sur celui d'Uzès en 1552, 80% des surfaces sont consacrées aux « bleds » (Teisseyre-Sallman, 2003, p.145).

  • Une première phase 1480-1530 de croissance des rendements et de la production.
Entre 1450 (ou 1480) et 1520-1530 la production globale de céréales croît, du fait de la remise en cultures des terres en friches de l'ager, fertilisées par leur longue jachère de 1350 à 1450. Sur les meilleures terres alluviales, les condamines, les rendements hectares sont de l'ordre de 50 hectolitres par hectare. Sans doute, également, les défrichements, particulièrement ceux sur les sols humifères forestiers ajoutent à la production globale.

  • Une seconde phase, à partir de 1530, de stagnation voire de décroissance de la production.
Mais dès 1520-1530 les rendements stagnent, voire décroissent, par absence de nouvelles techniques agricoles et par épuisement de la couche humifère et des sols les plus médiocres. La stagnation de la production, face à l'augmentation de la population (doublement voire triplement) et donc de la Demande fait que, tendanciellement, les prix du blé augmentent : ils doublent entre 1480 et 1530 ou encore sextuplent entre 1480 et 1580. A cela s'ajoutent les nombreux accidents climatiques, et à partir de 1560, les guerres de religion, qui provoquent des pics de prix des grains.

  • L’appauvrissement des petits propriétaires.
Mais du fait de l'augmentation générale des prix, agricoles et non agricoles, des impôts, de l'inflation-argent, le revenu agricole réel de ceux qui ne vivent pas essentiellement de la vente de grains stagne. C'est le cas pour la masse des petits propriétaires, dont le foncier n'a cessé de s'amenuiser du fait des successions, ou dont le rendement des terres défrichées a eu vite fait de diminuer. Ce foncier, trop exigu, de faible valeur agronomique, est insuffisant pour vivre en auto-subsistance, et pour nourrir la famille. Les nombreux accidents climatiques peuvent alors transformer des disettes en famines. Le revenu réel par tête de cette catégorie de paysans diminue. (Le Roy Ladurie 1969, p.83-90).

Les cultures d'appoint comme réponse -partielle- à l'appauvrissement : mûriers, oliviers, vignes.

  • Les mûriers ne sont encore qu'une culture d'appoint en jardins.
Après l'éclipse de 1350-1450, le marché de la soie s'installe à Avignon. A partir des environs de 1500, c'est un centre principal. A partir de 1540-1550 il s'agit d'approvisionner ce marché en pleine croissance. En 1498 Nîmes obtient du roi louis XII le monopole régional de la fabrication d'étoffes de soie (Grava, 2006, p.116). On se met alors à planter, en particulier dans la région de Montpellier. Mais il ne s'agit encore là que d'une culture d'appoint, limitée aux jardins.

  • Une nouvelle mise en œuvre et valorisation du foncier, particulièrement dans les défrichements de pentes et reliefs : olivettes (et almandrées).
Un des moyens de mise en valeur des nouvelles terres de défrichements, souvent sèches, parfois rocailleuses, souvent sans moyens de fumure, est la plantation d'oliviers (et amandiers), d'autant plus quand la demande en huile est forte, et quand on peut faire « coup double » voire « triple » en complantant de céréales, vignes, de fèves...

Parallèlement la rente oléicole a augmenté. Dans les grands domaines, par exemple ecclésiastiques on adjuge au plus offrant la dîme de l'huile, avec une rente en nature (en huile) pour les ecclésiastiques.

C'est alors que l'olivier devient alors la 3ème culture de la «trilogie méditerranéenne» après les céréales et la vigne, comme c'est le cas, par exemple, en 1552, dans le sud du diocèse de Nîmes-Alès.

Quelques bassins oléicoles.
Dans certaines zones, c'est le « raz de marée » des oliviers. De véritables « bassins oléicoles » apparaissent.
A Uzès, entre les compoix de 1477 et 1560, le nombre d’oliveraies est multiplié par plus de 5 (de 47 à 250). Les surfaces, selon tel ou tel lieu-dit, passent de 0 à 14 ha, ou, à tel autre endroit sont multipliées par 27,5 (A. Chabaud, 1967, t. II, p.54).

Dans le sud du diocèse de Nîmes-Alès, dans cette zone plus chaude et plus proche des ports d'exportation de l'huile, 1/3 des labours sont consacrés aux olivettes (Le Roy Ladurie, 1966, p.67 et 68). Ainsi la viguerie de Sommières a été l'une des, voire la première, au début du 16e siècle, à se lancer dans cette spéculation. En 1552, les olivettes y représentent, en valeur, presque le tiers de celle des labours (Teisseyre-Sallman, 2003, p.146).

A Gignac, vers 1400, 1% seulement des parcelles est en olivettes. Dès 1462 on atteint presque 20 %. En additionnant olivettes et champs complantés en 1519 on atteint 33%, en 1534 : 58 % (42 % d'olivettes, 14 % de complants), en 1596 : 70 % (34 % d'olivettes, 36 % de complants). On en finit par délaisser blé et vignes. On a conquis tout le terroir disponible, y compris les pentes, au prix d'aménagement de banquettes et terrasses.
Des contrats de plantation «d'estaques»(jeunes oliviers) et d'entretien des arbres peuvent être passés, moyennant salaire journalier. Les contrats de fermages prévoient aussi ces plantations, au frais du fermier, au rythme de 10 à 12 estaques par an (soit 1000 ! en un siècle). (Le Roy Ladurie, 1966, p.65).

Mais, globalement l'olivier est dispersé dans les terroirs, comme culture secondaire.
L'olivier n'y est que rarement conduit en olivettes. Il s'agit plutôt de plantations dispersées en bords de chemin, en complants, voire en arbres isolés dans les labours.
Dans le diocése d'Uzès l'olivier représente 8,1% des surface . Sur l'ensemble du diocèse de Nîmes il ne représente que 6% en valeur et en surfaces cultivées (Le Roy Ladurie, 1966, p.67 et 68 ; Teisseyre-Sallman, 2003, p.145).

  • Le foncier et la vigne au 16e siècle : une place secondaire.
D'une manière générale la vigne reste assez secondaire. Dans les zones intérieures (zone des garrigues) des diocèses de Montpellier et de Nîmes elle n'occupe que de 1 à 10 % des surfaces. Dans l'ensemble du diocèse de Nîmes elle représente, au compoix diocésain, en 1552, 16 % en valeur des dimes et 15,7 % des surfaces cultivées. Dans celui d'Uzès 12,1 % (Teisseyre-Sallman, 2003, p.145).
La consommation de vin est faible pour l'époque. Un ouvrier consomme 1,70 litre par jour.
La raison de cette place secondaire tient à plusieurs facteurs.
Tout d’abord, on préfère réserver la terre aux céréales, base de l’alimentation, mais aussi base des représentations de ce que doit être un bon agriculteur et un bon usage des terres.
Qui plus est, ou par conséquence, la vigne est généralement cantonnée aux terres les moins fertiles, produisant de faibles rendements, de 15 hectolitres / hectare en moyenne.
Le plus souvent, il s’agit des versants ou reliefs, plus difficiles à mettre en valeur, voire à aménager avec des terrasses (Chabaud, 1967, t. II, p.51).
A l’investissement initial de journées de travaux de défrichement, voire d’aménagement, de plantation, s’ajoutent les « journées d’hommes » d’entretien de la vigne, de vendanges, de vinification. La vigne est une culture bien plus contraignante que les céréales !

Mais également, la concurrence pour des terres porte sur les produits plus lucratifs, voire spéculatifs : les grains et l'olivier.
En effet le vin, du fait de vendanges précoces, d'absence de soufrage, de véritables techniques vinicoles, ne se conserve pas, ne passe pas l'année. Il est de faible qualité, et peu rémunérateur. Il n'est pas non plus transportable par terre du fait de sa faible conservation, et du faible rapport entre les coûts de transport et le prix de vente.

  • La vigne : «une culture des périphéries urbaines» (Teisseyre-Sallman, 2003, p.146-147).
Dès lors le vignoble se limite à des zones de proximité, en situation péri-urbaine, près de Montpellier, Nîmes, Uzès...
Dès 1477, au compoix d’Uzès, le nombre de parcelles en vignes (612) est à peine inférieur au nombre de parcelles en « terres » (782). En 1560, leur superficie totale est le double de celle des années 1960. (Chabaud, 1967, t. II, p.51).
En 1552, dans la viguerie d'Alès (8 communautés), les 3/4 de vignes sont localisées dans la Communauté d'Alès.
Dans celle de Sommières (14 paroisses), 50 % des vignes sont dans les 2 paroisses de Sommières et Villevielle.
A Congeniès, en Vaunage, proche de Nîmes, le vignoble de plaine occupe une surface non négligeable de 100 hectares, sur les 350 du bassin (28,57 % de la surface) (Barry, 1962, p.438).
A Boissières, en 1575 et 1577, 30 hectares de garrigue sont défrichés pour y planter de la vigne (et des oliviers) (Martin, 2011, p.122, citant Barry, 1953).

Une autre raison de la place relativement restreinte de la vigne tient, peut-être, à l'édit de 1553 de Charles IX (1560-1574), qui limite celle-ci, au profit des cultures de céréales (Médiathèques..., 1997, p.3).

Un peu comme dans le cas de l'olivier il existe cependant une exception liée à l'exportation et aux zones littorales. C'est le cas de la zone de Frontignan et de ses villages alentour, avec, sans doute du muscat, exporté par les commerçants marseillais, vers Gênes et Libourne. (Le Roy Ladurie, 1966, p.67 -74).
C’est le cas, également, des vins de Laudun, cités en 1557 par Olivier de Serres comme parmi les vins de qualité du Royaume. En 1560, du vin de Laudun est expédié à Rome par un patron de barques de Martigues.
Plus généralement les vignobles des côtes du Rhône, expéditeurs vers le centre de la France et Paris connaissent déjà un premier essor (A. Chabaud, 1967, t. II, p.53).

En fait, il faudra attendre le 17e siècle pour assister à un véritable essor du foncier viticole.

La hausse puis le recul de l'élevage de bétail à viande en garrigues au 16e siècle.

  • « L'âge d'or des troupeaux du Sud » : 1500-1530 (Le Roy Ladurie, 1966, p.274).
Dans la première phase de reprise démographique (1500-1530 environ), où, face à une population encore pas trop nombreuse, l'espace est largement disponible en saltus et garanti par les servitudes collectives (communaux, vaines patures), confirmées par les arrêts du Parlement de Toulouse.
Les fermiers-éleveurs, comme leurs « collègues » agriculteurs bénéficient de baux avantageux, en particulier ceux qui dépendent des « carnencs » (dîmes sur le bétail). Les prix de la viande augmentent, le revenu aussi. Les effectifs des troupeaux s'accroissent.

  • Le retournement de conjoncture à partir de 1530 : chute de la demande de viande et restrictions au pâturage en garrigues.
Dès 1520-1530, l'accroissement démographique, la paupérisation de la masse des salariés et petits propriétaires agricoles, font chuter la Demande de viande au profit des « bleds ».

Les défrichements en garrigues se répercutent également sur le foncier pour l'élevage.
10 à 15 % de la silva et du saltus ont été amputés par les défrichements agricoles. Les plantations d'oliviers et de vignes se protègent derrière des murs. Dès 1520 le tribunal de Toulouse interdit aux habitants de Gignac d'emmener les troupeaux paître dans les vignes et olivettes. En 1528 même chose à Lunel. En 1531-1532 les interdictions sont nettement étendues : les Etats demandent la mise en défens et l'interdiction du pacage collectif non seulement sur les olivettes et vignes, mais , aussi sur les autres fruitiers, prés, taillis, bois...(sauf autorisation du propriétaire). L'animal à viande est sacrifié – ou limité- au profit du végétal.
C'est aussi , en ce 16e siècle, un début de changement de mentalité concernant le foncier , dans les rapports élevage-agriculture:
La servitude, la dépaissance collective sur le foncier sont sacrifiés – ou limités- au profit de l'intérêt privé du cultivateur, au libéralisme frumentaire (Le Roy Ladurie, 1966, p.158-160).

Par contre, l'élevage des « bestes à laine », du fait de l'importance de l'industrie textile, est, globalement, épargné par cette conjoncture et ces mesures (voir chapitre suivant sur les forêts).

Le décollage de la rente foncière au 16e siècle :

La rente foncière tient à plusieurs facteurs : coûts de la main d’œuvre, prix de vente des récoltes, coût du fermage ou métayage payés en nature c'est à dire en part des récoltes, impôts.

  • La baisse des coûts de main d’œuvre.
Très rapidement, à partir de 1520-1530 et du « surcroît démographique », les coûts de main d’œuvre baissent. Les salaires diminuent. Les rations de campanage en nature (pain, vin, viande) aussi , et qui plus est avec des produits de moindre valeur : seigle plutôt que froment, piquette plutôt que vin. L'ouvrier agricole, le petit propriétaire qui se loue à la saison, à la journée sont de plus en plus misérables. Les exploitants agricoles peuvent donc dégager des marges de profit sur ce poste de dépenses.

  • La baisse de la charge fiscale en valeur réelle.
Les impôts seigneuriaux, essentiellement le cens, libellé en valeurs monétaires, sont rongés par l'inflation. En 1480 ils correspondaient en équivalent froment à 5% de la récolte, en 1580 à même pas 1%.
La dîme ecclésiastique reste bloquée à son niveau.
L'impôt royal, la taille « réelle » (payable en livres) représentait, vers 1580-1590, seulement l'équivalent de 6,2 % de la production agricole, étant restée en retard sur la hausse des prix de vente des produits agricoles.
Autrement dit le poids de l'impôt est relativement faible et baisse relativement par rapport à la production brute agricole.

Donc, pour une exploitation agricole, ces 2 postes de dépenses, la main d’œuvre et les impôts sont faibles et décroissants en valeur réelle : C'est autant de marge bénéficiaire dégagée.

  • La hausse des prix de vente.
Une 3e marge bénéficiaire existe : celle dégagée par la hausse des prix de vente des produits agricole du fait de la stagnation (relative) de l'Offre par rapport à la Demande, à partir de 1520-1530. par exemple les années 1526 et 1531 sont des années de « chertés » des grains (Vidal, 1993, p.224)
Au total le 16e siècle permet un décollage de la rente foncière.
A partir de là 2 cas de figure se présentent pour la répartition de cette rente foncière: être fermier ou propriétaire - exploitant direct.

  • L'enrichissement des fermiers  au 16e siècle.
Dans un premier temps, de 1480 à 1530, où la main d’œuvre était encore insuffisante, où il fallait reconstituer les terres, une partie des propriétaires fait appel aux fermiers. Les fermiers obtiennent alors des fermages avantageux : ils ne livrent au propriétaire que 20 à 25 % de la récolte. Et ces récoltes, en partie sur des terres neuves, sont relativement abondantes.
A partir de 1530, leurs bénéfices proviennent donc, d'une part, des marges de plus en plus rentables dégagées au détriment des employés et des impôts, d'autre part des 80 ou 85 % des récoltes...qu'ils vendront à un prix de plus en plus élevé à partir de 1530.
Le 16e siècle est donc une période d'enrichissement des fermiers. Leurs bénéfices se réinvestissent de diverses manières : soumission à des adjudications comme par exemple celles pour les perceptions de dîmes, activités marchandes en milieu rural, prêts à usure auprès de paysans nécessiteux, souvent gagés sur les terres de ceux ci, permettant donc des acquisitions foncières, éventuellement s'ajoutant à des achats directs : des fermiers deviennent eux même de nouveaux moyens ou grands propriétaires fonciers. Une bourgeoisie rurale de nouveaux riches se constitue.

  • Pour les propriétaires : être rentier ou exploitant direct.
Dans ces conditions, les « anciens » propriétaires fonciers ont, fondamentalement, deux choix :
Le premier, pratiqué au 16 e siècle, est de se contenter des fermages à 20 ou 25 %, certes très avantageux pour les fermiers, mais qui, cependant, présentent plusieurs avantages : ne pas « mettre la main à la pâte », ne pas prendre de risques (accidents climatiques, guerres de religions à partir de 1560 ...) L'avantage pour le propriétaire est donc d'être « rentier », d'autant que cette rente en récoltes suit l'augmentation des prix. On estime que le rapport entre la valeur du capital investi (le prix de la terre) et le produit de la terre (la « rente réelle » c'est à dire, ici, assise sur les biens) se maintient, quasi constamment à 3 %. Pour le propriétaire-rentier, le fermage est donc, finalement, un placement sûr, « en bon père de famille ».
Le second choix, celui d'Olivier de Serres, précurseur dès 1500, est de ne pas laisser le profit agricole aux fermiers, mais d'en profiter soi même c'est à dire d'être exploitant direct. On bénéficie alors des mêmes marges et sources d'enrichissement que le fermier (salaires et impôts en baisse, prix de vente des récoltes en hausse), avec, en plus les 20 ou 25 % de récoltes.
(Le Roy Ladurie, 1969, p.116 à 146).


Le FONCIER FORESTIER au 16e SIÈCLE.

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Le foncier forestier au 16e siècle.

  • Le pillage de la forêt et la « disette de bois» au 16e siècle.
Dès la vigoureuse reprise démographique – et économique - du 16e siècle, agriculteurs, pasteurs, habitants se « lancent à l'assaut » des abondantes forêts quasi livrées à elles même depuis 1 siècle et demi (1350-1500).
Dès 1520 le parlement de Toulouse pousse un cri d'alarme aux paysans « quand cesserez vous de dépopuler (sic) les forêts, d'y couper le bois vert et sec ? ».
En 1539, puis 1546 ce « cri » est relayé par les Etats du Languedoc : «  le pays s'en va tout dépeuplé en bois » (Le Roy Ladurie, 1969, p.64).
Boulangers, verriers, tuiliers, potiers, charbonniers, ruscaires, chaufourniers, charpentiers, charrons, menuisiers...etc... et simples habitants « avalent » la forêt.
Dès 1555-1558 on est en état de « disette de bois » :
A défaut d'arbres on brûle les broussailles, du romarin. On arrache la « garouille » (racines de chênes kermès, particulièrement appréciées par les tanneurs).
A Saint Jean de Fos, au 17e siècle, on brûle les noyaux d'olives (ce qui, par ailleurs, prouve l'abondance des oliviers).

  • Les forêts et le «commun profit du Royaume».
(J.L Roque et alii, 2011, p.23-25).

Du fait des besoins croissants en bois, amenant à des « disettes de bois », la monarchie va intensifier son pouvoir, non seulement sur les forêts royales, mais aussi sur les forêts ecclésiastiques, seigneuriales et des Communautés, en arguant, dans ses ordonnances, du « commun profit du Royaume ». il y a là l'apparition de la notion d'intérêt général.
Concernant les forêts ecclésiastiques le roi s'affirme comme « protecteur, conservateur et défenseur des biens temporels du clergé » ainsi que premier évêque de France.
Vis à vis des seigneurs et des communautés la monarchie affirme ses pouvoirs seigneuriaux suzerains.

  • La « Réformation « des forêts au 16e siècle".
L 'édit de 1554 crée pour la province du Languedoc, la « Table de marbre » de Toulouse, juridiction d'appel en matière de procès sur des forêts. La charge (car c'est un office) est confiée (en 1557) à Hector MANIQUET « grand maître et général réformateur des Eaux et Forêts ».
L'ordonnance de 1575 crée le corps des « maîtres réformateurs » chargés de « réformer » la gestion des forêts afin de rétablir ou augmenter la production de bois, en particulier de futaie (notemment pour la Marine), et non plus de taillis, ainsi que face aux face aux « bruslements, défrichements pour se donner des terres labourables et abroutissements de bestiaux ».
Le maître réformateur siège à Toulouse (Hector MANIQUET, de 1575 à 1595, puis François de CAULET).
Il s'appuie sur les maîtrises territoriales (dont celle de Montpellier) où le « maître particulier » est maintenant assisté de pouvoirs de police, avec le lieutenant du Roi, de justice , avec le procureur du Roi et son greffier, ainsi que du « garde-marteau ».
De plus des charges sont attribuées par ventes d'offices.

Cependant ce bel édifice reste quelque peu théorique vu l'ampleur des circonscriptions forestières :
La maîtrise générale de Toulouse recouvre en fait trois très grandes provinces : Languedoc, Provence, Dauphiné. La maîtrise de Montpellier s'étend jusqu'au Lot, l'Allier, le Velay, le Vivarais, en plus des diocèses de Mende, Lodève, Alais, Uzès, Nîsmes, Agde et Montpellier.
Les « offices » , peu rentables, sont peu ou mal pourvus.
De plus le parlement de Toulouse et les Etats du Languedoc, se posent en défenseurs des pouvoirs locaux face au pouvoir royal.
Aussi faudra-t-il attendre le 17e siècle pour que ces mesures prennent une autre ampleur.

Les verreries et le foncier forestier  au 16e siècle.

Les verriers ont plusieurs possibilités : soit être – ou devenir- propriétaires d'espaces boisés (cas rare), soit d'acheter du bois sur pied d'autres propriétaires, soit d' arrenter des bois de particuliers, d'institutions ecclésiastiques, de Collectivités ou des bois domaniaux.
Du second cas relève l'achat de bois, en 1542, par Antoine Odoard à Saint Laurent de Carnols (30) (ADG 2e 14/224 f°60 cité par Gaidan, 2008, p.26) à proximité de la chartreuse de Valbonne.
  • La chartreuse de Valbonne est un exemple représentatif d'arrentement de ses forêts à des verriers.
En 1541, les chartreux de Valbonne confient l'exploitation de leur verrerie à « noble Raimond Pierre d'Euzet » (Gaidan,1991,p.59).
En 1553, le frère guillaume de Monteils et le procureur (Etienne Jean) arrentent la verrerie de la chartreuse de Valbonne à  « noble Bertrand Rey de Saint Jean de Maruejols, (près de St Ambroix ), maître verrier, avec coupe de bois dans les bois de Saint Laurent » (Gaidan,1991,p.52).
Forêt de Saint Laurent appartenant à la chartreuse de Valbonne, arrentée en 1553 à un maître verrier.
Source : IGN Géoportail

Trois ans plus tard, en 1559, Rey installe sa verrerie dans l'enceinte même de la chartreuse. Par ailleurs il acquiert « dans la foresterie de Valbonne, au lieu dit Saint Laurent de Carnols, un cazal ». Lui succéderont, à la verrerie de la chartreuse, deux autres familles de verriers (les Virgille et Queylar) (Gaidan,1991,p.20).

Du 16e au 18e siècle les verreries prolifèreront dans les forêts de la chartreuse comme celles de Cadenet, Jols, Rodières, Mas Gravil, Chapelas... (Gaidan, 2008, p.37-39).

  • L'itinérance des verreries dans les forêts des garrigues du Gard et de l'Hérault au 16e : les «baux à verrière» «à durée déterminée».
Vu les grandes consommations de bois, les verreries étaient temporaires et itinérantes.
Ainsi la verrerie des Gravils (ou Desgravils) à Salazac (30), propriété des chartreux de Valbonne, « dans une forêt de huit lieues de circuit...on la déplace de temps en temps quand le bois manque » (Saint-Quirin, les verriers du Languedoc, p.175, cité par Gaidan, 2008, p.38).

Les verreries épuisaient le bois disponible dans ses environs en quelques années : en général de 5 à 9 ans selon la densité du bois environnant.
Il fallait ensuite changer de lieu.
Aussi les contrats d'arrentement étaient ils fixés pour une période donnée « à durée déterminée ».
Le « bail à verrière » de 1554, à Euzet (près d'Alès), pour le mas de Colombiers, dans le devois de Vallongue, est fait pour 4 ans « moyennant 6 livres et 10 sols par an » (Gaidan, 1991, p.31).
A Euzet, au mas Colombiers, au devois de Vallongue, un bail à « veyrière » est établi en 1554.


La CRISE 1560 - 1620 et le FONCIER.

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Une crise aux multiples aspects

  • Une crise climatique, avec des évènements exceptionnels rapprochés
  • Une crise sociale du « petit peuple » des campagnes et des villes (où vivent des ouvriers agricoles, des petits propriétaires), des affamés, et affamés de terre.
  • Des troubles sociaux et religieux : grèves de la dîme, de la taille, aliénations de biens de l'Eglise, guerre civile religieuse avec l'affirmation du Protestantisme

  • Crise climatique
En 1595, puis à nouveau en 1600, et encore en 1608 les oliviers gèlent. Ils seront remplacés par les mûriers (Vidal, 1993, p.245).

1561-1590 : Les Guerres de religion  et les ventes de foncier ecclésiastique : une opportunité d'agrandir ses domaines.

(Le Roy Ladurie, 1969, p.197-205 ; Cholvy, 1976, p.125).

  • L’Église catholique est affaiblie, son foncier est mis en cause.
L’Église catholique est dans la tourmente. Elle est mise en cause non seulement sur le plan théologique, mais aussi, sur ses biens, en particulier fonciers avec les droits afférents, et sur la dîme.
En ces temps de pauvreté la « grève des décimables » ampute une partie non négligeable de ses revenus. Elle rentre mal, elle est renégociée, elle n'est plus indexée sur les prix. Les revenus ecclésiastiques baissent considérablement. L’Église s'endette, avec pour caution son foncier.

  • Acquérir du foncier ecclésiastique : une affaire qui intéresse presque tous.
C'est un moyen de se constituer des domaines fonciers, mais aussi des seigneuries et des droits de justice, et donc une rente est d'acquérir des terres du clergé. Cela intéresse beaucoup de monde, presque tout le monde : les Finances royales de Charles IX afin d 'éponger la Dette, les Communautés, la noblesse désireuse d'arrondir ses domaines (comme les CRUSSOL, ducs d'Uzès), la roture, les petits propriétaires, ...d'autant plus (mais non exclusivement) si l'on est huguenot et si l'on appartient aux bastions de la Réforme que sont Nîmes et Uzès.

  • Les projets de vente du temporel de l'Eglise.
La question est posée aux Etats du Languedoc en 1561 où intervient l'avocat huguenot TERLON. Le Tiers Etat languedocien, dont le porte parole est un huguenot nîmois (CHABOT), propose la vente du temporel de L'Eglise et la fonctionnarisation des prêtres appointés par les consulats urbains (sur le fruit de la vente des biens du clergé). Cette proposition sera reprise, la même année, aux Etats Généraux de Pontoise, par les représentants des Tiers États.

  • Les aliénations de biens d'Eglise au profit du Trésor royal.
Cependant la monarchie, plus prudente, se bornera , dans un premier temps, en 1563 à autoriser la vente, au profit du Trésor, d'un quart du capital des plus gros bénéfices. D'autres aliénations, partielles, suivront en 1568, 1574, 1576, 1586.

  • Quelques exemples d'acquisitions :
Valentin GRILLE achète, en 1563, pour 1537 Livres la terre de Saint Maurice de Cazevieille (entre Uzès et Alès) « avec un chasteau, rantes, censives, terres, vignes, molins d'huille ».

La même année 1563 Jean de CAMBIS, d'Alès, sieur de Soustelle, achète la seigneurie ecclésiastique de Cendras, proche d'Alès.

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Source : IGN Géoportail.

C'est en particulier parmi les Nîmois que l'on trouve des acquéreurs : en 1563, 36 acquéreurs. Parmi ceux ci 24 sont portés « seigneurs » ou « nobles », (en réalité souvent de fraîche date, issus de la Robe).

A Montpellier le plus gros acheteur, pour 12.500 livres en 1563, est Simon FIZES, conseiller du roi, secrétaire des finances qui acquiert la baronnie de Sauve, appartenant à l'évêque. Par la même il devient « monsieur de Sauve ».

En 1579, le chapitre de Montpellier en raison des guerres et de «l'injure des temps» vendent, pour 21 500 livres, à François de ROQUEFEUIL leur immense domaine de Rouet (dont une verrerie), de Lauret, du mas des Baumes et de Gabriac (Cristal, 2005, p.163).

En 1584 l'évêque SUBJECT, de Montpellier, vend à Antoine de CAMBOUS (Viols en Laval), dit aussi Antoine de Cantagrils (Argelliers), le château et domaine de Montferrand (Saint Mathieu de Tréviers)  avec ses mas et usages comme le mentionne l'acte de vente :
« Vente de Mgr du Subject des usages du château de Cambous en raison des pertes subies, occcupation des mas par les perturbateurs, et pour reconnaître les services rendus pour recouvrer le château de Montferrand occupé par les réformés en 1575 » (JArnal, 2004).
A la même date Antoine de Cambous acquiert les droits féodaux de l'évêque Subject sur la ferme de Calages (orthographiée, aussi Calatges) qu'il a acheté à François de SAINT FELIX, seigneur de Clapiers (Pioch, 2010).

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Domaines de Gabriac, le Rouet, Lauret, des Baumes achetés en 1579 au chapitre de Montpellier par Jean de Roquefeuil. Source : IGN Géoportail.

A la même période (fin XVIe siècle), Pierre GRIFFI, de la cour des comptes de Montpellier acquiert les biens et domaines de l'abbaye de Vignonoul (Guiraud 1918, cité par Le Roy Ladurie, 1957, p.227).

En 1575, le chapitre de l'abbaye de Valmagne, suite au siège et destructions de l'abbaye, vend plusieurs domaines.

A Montpellier, l'évêque Subject vend, pour 2000 écus, au conseiller GRIFFI ses « château, terres et seigneurie de Murviel » (Le Roy Ladurie, 1969, p.219).
En 1620 la communauté de La Boissière achète à l'abbaye d'Aniane ses bois qui deviennent ainsi des bois communaux (Lalanne, communication personnelle).
Même si l'ensemble des ventes de biens du clergé reste secondaire, il n'en reste pas moins significatif : le foncier seigneurial permet aux nouveaux riches d'acquérir des titres et d'entrer dans la noblesse...

C'est aussi la poursuite de la main mise urbaine sur le foncier rural.

Avec le foncier ecclésiastique, on s'approprie aussi la dîme (qui peut ainsi « devenir huguenote ou Réformée »), que l'on peut arrenter. Les décimateurs sont le plus souvent, des résidents urbains, marchands en milieu rural (bleds, laine, viande, huile, bois...), robins, voire nobles.

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Carte des domiciles des nobles 1668- 1671 : une noblesse essentiellement urbaine en général et, en particulier dans le diocèse de Montpellier ; une certaine dispersion rurale dans le diocèse de Nîmes.
Source : « Atlas Historique du Languedoc ». Université de Montpellier 3 et Archives Départementales de l'Hérault :http://archives.herault.fr/data/info/2710_nobles_domiciles_i.pdf//

Le foncier forestier


Les conflits dans le foncier boisé sur les différentes utilisations du bois. Aniane 1601.

A Aniane, sur les patus de la Communauté, le conflit sur la ressource en bois est entre les habitants d'une part et les tuiliers et potiers d'autre part. Déjà, en 1601, la Communauté avait imposé une taxe de 100 tuiles sur chaque fournée, ceci procurant, par ailleurs une ressource pour la Communauté. Puis il sera interdit aux tuiliers de vendre leur production hors de la Communauté, et le nombre de fournées sera règlementé. Tant et si bien que les tuiliers finiront par s'approvisionner hors des bois communs et quitter Aniane
(Roque et alii, 2011, p.37). Par contre les potiers, sans doute artisans plus locaux et de plus d'intérêt pour les habitants seront épargnés.

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Aniane, la forêt
Source: Inventaire Forestier National http://www.ifn.fr/carto/carto/afficherCarto/34//.


La REPRISE du 17e SIÈCLE (1620 - 1680) et le DÉCOLLAGE CARACTÉRISTIQUE de la RENTE FONCIÈRE.

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Une reprise ambigüe : poursuite du même système agraire et foncier ou éléments nouveaux ?

Après la période troublée de 1560 à 1620, la situation se rétablit lentement et à un rythme moins soutenu que le siècle précédent, et pour une durée plus courte d'une quarantaine d'années environ.
La croissance démographique reprend, plus faible : au 16e siècle elle était de 10 %. elle ne sera plus que de 2 à 3% au cours du 17e. Le morcellement foncier se poursuit.

Mais la main d’œuvre agricole est relativement plus rare, d'autant que la draperie l'attire. Les salaires agricoles ont augmenté.
De même les impôts augmentent. Les leçons ont été tirées des révoltes anti-fiscales des années précédentes. Taille et gabelle augmentent, en particulier sous Richelieu. Les dîmes sont rétablies et indexées sur les prix agricoles en hausse.

En effet la production agricole est repartie, mais petitement. C'est plus un rattrapage qu'une véritable croissance. C'est seulement en 1680 que l'on retrouvera les niveaux de 1560. L'Offre est donc inférieure à la Demande, d'où cette hausse des prix (en valeur réelle). En particulier la hausse des prix du vin incite les petits propriétaires, à proximité des villes, à convertir leurs rompudes céréalières en vignoble (Dugrand, 1964, p.207).

La structure foncière du 17e siècle a peu évolué par rapport au 16e siècle : l'exemple de Teyran (34) :


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(Bracq, 2005, p.17 à 21).

  • La répartition en grands, moyens, petits propriétaires conforte la tendance antérieure du 16e siècle.
Le compoix de 1664 nous permet de connaître les propriétés taillables.
En attente du tableau.
(Source : d'après C. Bracq, 2005, p.18).

Comme dans beaucoup de villages il existe un grand propriétaire-rentier, détenant ici, un peu plus de 70 hectares. Il s'agit du seigneur Philippe de Bocaud, (Blanchemain, 2005, p.173) également seigneur et propriétaire dans les paroisses voisines de Jacou et Clapiers.
Il loue son domaine de Teyran à bail de 6 ans, pour 500 livres annuelles « payable le 15 Août, ainsi que deux paires de poules, quatre de poulets, quatre douzaine d’œufs » (Bracq, 2005, p.17).
Il est président de la Cour des Aides, des Comptes et Finances de Montpellier, résidant en son hôtel particulier de cette ville.
Deux autres propriétaires sont des bourgeois de Montpellier, qui ont baillé à mi fruit.

On a donc ici, la confirmation de la propriété et de la rente urbaine sur ces villages proches des villes.
Par contre la majorité des moyennes propriétés (de 10 à 30 hectares, soit 5 propriétaires est exploitée en faire-valoir direct. Ils représentent la majorité de la surface taillable ( 60, 52 %).
Inversement la petite propriété (1 à 10 ha) et à fortiori la micro-propriété (< à 1 ha), représentant presque le quart de la surface (23,67 %) ne permettent pas de nourrir une famille. Qu'il s'agisse de propriétaires extérieurs à la paroisse (de Jacou principalement) ou de résidents, la plupart de ces terres sont louées à mi fruit. Les tenanciers résidents se placent, par ailleurs, comme valets de ferme, bergers, ou à la ville.

  • L'utilisation du sol reste typique de l'économie traditionnelle.
La surface totale de la paroisse est partagée entre le taillable (en gros la partie cultivable) 44,60 % du territoire et le « non taillable » (sachant qu'il n'y a pas de biens nobles, exclus de la taille) soit 55, 40 %. Ce « non taillable » est constitué, essentiellement, de patus, accessoirement du devois, chemins et cours d'eau. Les bois sont très limités, insuffisants pour les besoins des habitants. Il faut en acheter à l'extérieur.
L'élevage dispose donc de près de 500 hectares de garrigues, auxquels s'ajoutent, dans la partie taillable, 66,77 ha d'hermes, terres incultes, et 13,39 ha de prés, donc au total 580 ha 74, sans compter les jachères annuelles de l'assolement biennal, pâturées en hiver.

  • Au total, donc, la majorité de la surface de la paroisse est consacrée à l'élevage, principalement de « bêtes à laine », certainement stimulé par la Demande de la draperie montpelliéraine.
Tous les exploitants , grands et moyens disposent de bergerie.
Le fermier de M. de Bocaud en utilise 3 : deux aux « Trois Teyran » (au nord-est du village) pour 265 bêtes à laine, une à Monvilla (au sud-ouest du village). Il s'y ajoute des paillers et étables, certainement pour la paire de boeufs mentionnée dans les cabaux du bail).

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De même, les 5 moyennes propriétés (de 20 à 30 ha, disposent-elles, chacune d'une bergerie.
Au total donc, 8 bergeries sont attestées. Il s'y ajoute 5 bergeries de 3 exploitants des propriétés de 1 à 20 ha qui sont également éleveurs, soit un total de 13 bergeries (Bracq,2005, p.54).

  • Dans la partie cultivable les céréales dominent avec 64 % des terres taillables (279, 85 ha.)
Si le froment, céréale « noble » est attesté, les cultures portent également sur le seigle (le pain noir) et le méteil, mélange blé et de seigle ou encore de blé et de paumelle, l'orge de printemps, (signe d'une dégradation de la qualité de l'alimentation par rapport au « beau 16e siècle » (Le Roy Ladurie).

Les « bleds » restent fondamentaux et accaparent la majorité du foncier de plaines et bassins.

Il reste qu'il faut assurer la subsistance de base et affronter des crises de subsistances (en 1631, 1643, 1651, (Barry, 1962, p.439),
Les meilleures terres de plaines et bassins continuent d'être consacrées aux « bleds ».
Dans la vidourlenque, à Gallargues, les « bleds » bénéficient des terres alluvionnaires de la vallée tandis que les vignes sont « rejetées » dans les garrigues.
Même chose dans les Côtes du Rhône, à Roquemaure, Laudun, Codolet, Orsan, Chusclan, où les bleds occupent les fertiles vallées de la Cèze et de la Tave. Même chose dans les garrigues nîmoises et en Vaunage.

L'importance de l'élevage des « bêtes à laine » en garrigues.

  • Une activité attractive qui conforte l'agriculture.
Avec l'essor de la draperie, déjà entamée au 16e siècle, l'élevage des « bestes à laine » est une activité attractive dans laquelle des capitaux s'investissent.
L'abondance du cheptel conforte l'agriculture par la disponibilité de fumure, en particulier pour les cultures qui deviennent spéculatives : vignes et oliviers.
Aussi, la majorité des agriculteurs possède des ovins et des bergeries.

  • L'exemple des garrigues de Poussan (34) : contrats d'afferme et règlements de Communauté.
(Bousquet, 2008)
La Communauté détient un vaste territoire de 3000 hectares, partagé par moitié environ entre plaine et garrigues des collines de la Mourre à l'extrémité sud-est du Causse d'Aumelas.

Un acte de 1630 nous précise les conditions d'une exploitation d'élevage et du pâturage : 2 particuliers (Mathurin Barrière et Jean Fornier) s'associent pour un troupeau de 332 bêtes, qui pâtureront dans les garrigues communales (contrat d'afferme). Le troupeau sera gardé par un berger. Les 2 sociétaires fourniront les jasses. Le fumier servira à leurs vignes. Ils sont donc aussi, agriculteurs et l'on note, ici, que la vigne est fumée.

En 1675, un règlement de la Communauté limite l'ensemble des propriétaires à 5270 bêtes à laine.
En 1688 un état de la dîme dénombre 4200 bêtes à laine tondues. 25% relèvent de la seigneurie de Poussan, et de 11 autres propriétaires. Par ailleurs 285 chèvres relèvent de 6 propriétaires.

Le développement, voire  « l'explosion » des vignobles péri-urbains, en particulier en nouveaux défrichements de garrigues au 17e siècle.

(Teisseyre-Sallmann, 2003, p.147)
Jusqu'en 1655 le vin bénéficie d'une conjoncture de prix élevés favorables .

  • Les « vignes urbaines » des garrigues de Nîmes.
Les vignes sont attestées par l'enquête de 1677 des commissaires chargés les étendues et limites des garrigues nîmoises. Les procès verbaux mentionnent : «  chemin d'Uzès, la vigne et la terre de Jean Olivier, teinturier, ...la vigne de Marguerite, la poissonnière... » (Martin, 2011, p.121-122 citant les Archives Communales de Nîmes M M 11).

  • L'essor du foncier viticole en garrigues de la Vaunage nîmoise.
En Vaunage, proche de Nîmes, à Langlade, Congéniès, Boissières, le vignoble « explose » sur les nouveaux défrichements de garrigues.
A Langlade, en 1652, 132 hectares lui sont maintenant consacrés (contre 2 ha en 1597). En garrigues le vignoble a supplanté les champs labourés : à peine 11 ha. C'est un vignoble de micro-parcellaire (285 parcelles soit une moyenne de 0,45 hectares), de micro-propriété, avec des rendements faibles (0,25 hectolitre par ha, contre 100 en plaine), mais d'une qualité bien plus appréciée et déjà réputée.

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17e siècle. Langlade, Vaunage nîmoise. L'explosion du vignoble de garrigue sur des défrichements (au sud est de la paroisse). Comparaison des compoix de 1597 et 1652. (Source : Barry, 1962).

De même, dans le village voisin de Congéniès, le vignoble a-t-il cru de manière spectaculaire. De 1594 à 1659 le vignoble de garrigue passe de 0,4 ha à 33 ha, s'ajoutant aux 66 ha du vignoble - resté stable - de plaine.

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17e siècle. Congéniès en Vaunage nîmoise. Extension du vignoble de défrichements de garrigues, pariculièrement dans la partie nord de la paroisse (Puech de la Ninarde, Puech des Frigoules), et, au sud, sur le Puech de Villeneuve. (Sources : Barry, 1962 et IGN géoportail, 2012).

A Boissières, entre 1577 et 1682, le vignoble s'est répandu en garrigue, délaissant même la plaine, devenue exclusivement céréalière en 1682. (Barry, 1962, p.438).

  • L'essor du foncier viticole dans le Montpelliérais.
A Teyran, au nord proche de Montpellier,en 1664, les vignes occupent une surface absolue assez importante avec 37,04 hectares, gagnée, essentiellement, par défrichements en garrigues. Il s'agit là d'une culture de rapport certainement non négligeable à laquelle on consacre beaucoup de soins: le contrat de bail du fermier de M. de Bocaud recommande de fumer les vignes toutes les années, de labourer et chausser les souches, de pratiquer les provignages nécessaires (Bracq, 2005, p.17).

Dans la montagne de la Gardiole on fait appel à l'immigration pour défricher et « mettre en vigne des plantiers » (Vidal, 1993, p.245).

A Gigean, Murviel les Montpellier, Saint Georges d'Orques la vigne couvre déjà 20 % du territoire.
Sans fumure et avec deux labours, elle produit 20 hectolitres /hectare.

En 1647, à Poussan, le compoix dénombre plus de 260 terres défrichées depuis 100 ans, la plupart plantées en vignes. Leur localisation concerne les puechs émergeant de la plaine, tel le lieu dit « la bataille »  à l'est du village où Françoise Fabresse va payer 4 deniers et un cochon, la descente du puech des Parets, au nord du village, où Jean Alla va payer deux sols et deux journées à travailler. Mais ces défrichements concernent aussi les premières pentes du causse, comme au « Caitivels », au sud-ouest du village, où Samuel Gervais paye dix sols et une perdrix. Enfin ces défrichements peuvent concerner le plateau lui même, comme au lieu dit « la Roumège », à l'extrémité sud du terroir, où la femme de Fulcrand Rougé paye un poulet et un agneau (Bousquet, 2008, p.7).

Au travers de ces exemples apparaît une véritable « révolution viticole » des garrigues, des plateaux et pentes, en en faisant le lieu d'une économie spéculative (Dugrand, 1963).
L'essentiel du marché se situe dans les villes locales et régionales où la population et la consommation unitaire de vin s'accroit.

  • L'émergence de vins de qualité  et les premières « appellations » de terroirs: Côtes du Rhône, Montpelliérais
Quelques terroirs de garrigues s'orientent vers une production de qualité, tranchant sur les vins ordinaires de plaine.
La production n'est plus destinée à la consommation courante locale, mais à l'exportation vers la Bourgogne, Paris, l'Europe du nord.

Les Côtes du Rhône.
C'est le cas des Côtes du Rhône où des règlements sont établis pour protéger la qualité, en 1646 à Roquemaure, en 1666 à Chusclan, en 1693 à Saint Geniès de Comolas. En 1697 l'intendant Basville ajoute à cette liste de vins réputés Laudun et Tavel (Pelaquier, 2003, p.65).

Dans le Montpelliérais.
Seuls quelques terroirs pratiquent l'exportation vers l'Europe du nord, Hollande, Angleterre ou Russie, tel Saint Georges d'Orques qui défend sa renommée par des certificats (Vidal, 1993, p.255-256).

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Source : ADH C 5448 cité par Vidal, 1993,p.256

Le décollage de l'économie oléicole.

A Teyran, en 1664, la surface consacrée aux oliviers est relativement importante, avec 33,41 ha. Là également, le fermier de M.de Bocaud doit ameublir et fumer la terre tous les ans, arracher les mottes à ses frais et les placer aux endroits indiqués par les agents seigneuriaux. Les oliviers sont cultivés en vergers, mais, aussi, signe supplémentaire de l'intérêt de leur rapport, en bordures de parcelles, de chemins, en compagnie de figuiers, grenadiers et autres fruitiers (Bracq, 2005, p.18).
Le soin apporté aux oliviers, le contrôle par les agents seigneuriaux, les plantations hors verger témoignent de la hausse de la consommation d'huile d'olive, mais aussi du rapport de sa vente, depuis le décollage de l'économie oléicole au 16e siècle (analysée par Le Roy Ladurie, 1966, p.65 à 68).

« Le 17e siècle est le siècle du décollage caractéristique de la rente foncière »

(Le Roy Ladurie, 1969, p.251-254)

  • «  Après l'âge d'or des fermiers au 16e siècle, le 17e est leur « purgatoire ».
L'exemple du compoix de 1664 de Teyran nous montre que, au 17e siècle les fermages sont à mi fruit, alors que, au 16e siècle ils étaient à 20-25 %. Dans certains cas la rente foncière va même au delà de 50 %.
Les propriétaires peuvent imposer ces taux face au croît démographique maintenant sensible dans la deuxième moitié du siècle, et face au nombre de postulants pour les fermages.
La situation des fermiers s'est donc, de ce point de vue, dégradée.
Il faut y ajouter l'augmentation des charges : la hausse du salaire des ouvriers agricoles, la hausse des impôts, en particulier de la taille à partir de Richelieu et le rétablissement des dîmes, maintenant indexées sur la hausse des prix. Ces augmentations touchent également les propriétaires-exploitants.
Cette hausse des prix ne compense donc pas la hausse des fermages et charges.
Fermiers et exploitants directs voient donc leurs situations se dégrader.

  • Par contre la situation des (grands) propriétaires fonciers ayant affermé leurs domaines est nettement plus avantageuse.
Ils n'ont pas à payer les salaires, la gabelle, les redevances et usages seigneuriaux (certains d'entre eux étant, eux même seigneurs). Ils bénéficient parfois de « terres nobles » (non soumises à la taille). Les prix agricoles sont en hausse. Ils ont pu accumuler des capitaux venant de la Terre, ou, par ailleurs, de la Robe, des activités marchandes, de l'usure, des offices. (Le Roy Ladurie, 1969, p.251-254).

  • Dans certains cas la fortune des offices peut se conjuguer à la fortune terrienne.
C'est le cas, à Teyran, Jacou et Clapiers des Bocaud , conseillers voire présidents à la Cour des Aides, des Comptes et des Finances de Montpellier (Blanchemain, 2005).
L'office peut être à l'origine de la propriété terrienne et, succédemment, de la rente foncière. Ainsi le fils du viguier de Gignac, Jean de Ratte, peut-il acquérir par mariage avec Marguerite de Cambous, le très grand domaine du même nom (à Viols en Laval) et continuer à l'agrandir (Pioch, 2010).
A Nîmes le plus gros taillable (526 livres) est le juge-mage de la ville (Louis de Rochemore) avec 100 hectares de terres, surtout labourables, réparties en 53 parcelles (Grava, 2006, p.142).
Mais cette période porte en elle les germes de la crise de 1680 à 1720.


Les FORÊTS au 17e siècle.

Discussion sur ce chapitre
(Merci de cliquer sur la flèche noir de la table des matières pour réduire celle-ci).

La « Grande réformation générale des Eaux et Forêts » de 1661 et la « grande ordonnance sur le fait des Eaux et Forêts » de 1669 (Colbert).

Ces ordonnances instituent un véritable code forestier, et établissent les bases de cette nouvelle gestion des forêts (et ce jusqu'au code forestier de 1827).

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Source : J.L Roque et alii,2011,p.23.

  • La « réformation » en Languedoc : les débuts de la main-mise de l'Etat sur les forêts domaniales, ecclésiastiques et celles des Communautés.
Dès 1665 une commission de réformation est créée pour le Languedoc sous les ordres des intendants (Claude BAZIN de BEZONS puis Charles de TUBEUF), dirigée par le commissaire -réformateur Louis de FROIDOUR, assisté du procureur du Roi de Toulouse pour la « Réformation générale » (Julien de HERICOURT).
D'une manière générale les ordonnances visent à recenser les forêts et règlementer les coupes.
L'un des principes essentiel est que toute forêt doit « réserver » au moins 1/4 de sa superficie en futaie.
En forêt royale tout droit d'usage devrait être supprimé.

  • La règle du « 1/4 de Réserve » et la réglementation des coupes des taillis.
On conçoit alors comment ces ordonnances pouvaient heurter les divers intérêts .
Les procès verbaux de « visitation, d'arpentage, de bornage » (aux frais des Communautés) , de 1667 à 1673, de la maîtrise de Montpellier (du maître Etienne PORTALES) permettent de dégager un certain état des lieux.
D'une manière générale les bois étaient exploités en taillis, c'est à dire essentiellement pour le chauffage et les fours, et ceci de manière de plus en plus intensive, c'est à dire avec des rotations souvent inférieures à 15 ans. C'est le cas de l'important bois de Valène, appartenant à la commune de Montpellier (visité par FROIDOUR lui même).

Les futaies étaient rares : celle de Gramont, proche de Montpellier, avec des chênes-vert de plus de 30 ans, voire 40 ans, apparaissait comme une exception.
La règle du 1/4 en réserve était peu, voire pas, respectée.
Les habitants étaient habitués à venir couper du bois. Aussi une partie des coupes annuelles continuera de leur être affectée.
Les gentilshommes verriers seront autorisés, en forêts royales, à prélever du bois, mais moyennant une redevance.

  • La « Réformation » n'est encore que très minoritaire.
Par ailleurs la « Réformation » n'est que très partielle : bien des bois ne sont pas visités, soit qu'ils soient tellement dégradés, soit qu'ils ne soient pas signalés.
Très peu de bois ecclésiastiques sont « réformés ». Ainsi celui de Boutines (ou Goutines), appartenant à l'abbaye de Saint Guilhem-le-Désert, d'une contenance pourtant non négligeable de de 47,4 hectares (selon le compoix diocésain de Lodève de 1631) n'est pas inventorié.


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Le Bois de Boutines (ou Goutines) appartenant, en 1631, à l'abbaye de Gellone de Saint Gilhem le Désert.
Source : Inventaire Forestier National, cartographie dynamique.http://www.ifn.fr/carto/carto/afficherCarto/34//

De même nombre de forêts de Communautés.
Les forêts particulières ne sont pas concernées par l'ordonnance de 1669. On ne connait donc pas les surfaces des vastes forêts des familles nobles du nord Montpellier, des marquis de Ganges, de Londres, de Roquefeuil, de la marquise de la Fare...
(Roque et alii, 2011, p.27).

Les verreries : le foncier et l'exploitation du bois au 17e siècle : la poursuite des pratiques antérieures.

  • La grande consommation de bois pour les fours.
Les verreries sont grandes consommatrices de bois, donc d'espaces forestiers, indirectement et directement.

L'un des éléments nécessaires à la fabrication du verre est la chaux. Celle ci est obtenue par cuisson du calcaire
(Fabre, 1998, p.60). Il faut donc un ou plusieurs fours à chaux.
Pour la cuisson du verre lui même il faut trois fours : celui de travail, celui de refroidissement, celui de dilatation et de nivellement. Ces fours peut être distincts, ou, dans les verreries les plus modestes, 3 chambres superposées dans le même four
(Cristal, 2005, p.142). Mais il faut, dans tous les cas, trois feux.

  • Les contrats d'arrentement prévoient le prélèvement en bois et, éventuellement le sanctionnent.
L' arrentement de 1637, de la « verrière »du mas Crémat à Saint Maurice de Cazevieille (30), indique « avec usage du bois dit la grande Euzière en le laissant garni pour les nouveaux de 20 à 20 pans, coupés deux mois seulement en janvier et février, ...etc... (longs détails sur les coupes ) » (Archives Départementales du Gard, A.D.G, 2 E 166-297 citées par Gaidan, 1991, p.32-33). Faisant suite à un précédent contrat, on peut penser que le bois n'avait pas été « laissé garni ».

En cas de non respect des clauses des sanctions peuvent s'en suivre.
En 1654, un verrier (Louis du Cailar) doit payer des dommages pour la détérioration des bois de Vacquières (commune de St Just et Vacquières, proche d'Alès) qu'il louait au seigneur de Malérargues (= Vallérargues) »
(Gaidan, 1991, p.37).

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Les bois de Vacquières (commune de Saint Juste et Vacquières) détériorés en 1654 par un verrier.
Source : IGN Géoportail

  • Les contrats d'arrentement de verriers continuent d' inclure des « terres à faire fourrage ».
Le contrat de continuation d'arrentement de 1671 sur la verrerie de Méjanes (30) porte sur « la maison verrerie et terre à faire fourrage » (Archives Départementales du Gard, citées par Gaidan, 1991, p.33)

  • L'itinérance des verreries dans les forêts des garrigues du Gard et de l'Hérault du 17e siècle : les « baux à verrière » « à durée déterminée ».
Vu les grandes consommations de bois, les verreries étaient temporaires et itinérantes.

Le contrat de 1631 pour 6 ans pour la « verrière » de la métairie du mas Crémat à Saint Maurice de Cazevieille (30) « moyennant 350 livres par an , et, aussi 15 douzaines de verres mi-fins, mi-grossiers, 12 flacons et douze fioles de tout et à la façon et grandeur que plaira au dit seigneur baron, payable à volonté avec usage des bois du dit seigneur »
(Archives Départementales de l'Ardèche, citées par Gaidan, 1991, p.28).
L'arrentement suivant de 1637, pour la « verrière » du même mas est également fait pour 6 ans, moyennant, cette fois ci « 325 livres par an et 15 douzaines de verre...etc...
(Archives Départementales du Gard, citées par Gaidan, 1991, p.32-33).

Le contrat de 1665 à Saint Bauzille de Putois du «  lieu de Terris et combe de Carette » porte sur 4 ans ::(Archives Départementales du Gard, A.D.G, 2 E 16-307, citées par Gaidan, 1991, p.51)
.

Retour à l'étude.

Lexique


Mise à jour au 11/12/2012

(Entre guillemets et en italique, les termes locaux et latins du moyen-âge.)
Pour l'antiquité romaine, on se reportera à CHOUQUER Gérard : « dictionnaire des termes et expressions de l'arpentage et du foncier romains », 2011 : Téléchargez le pdf
Pour Le Moyen Âge, on se reportera à CHOUQUER Gérard : « Lexique foncier du Moyen-Âge en France» (150 définitions), 2010  : Téléchargez le pdf

Aissade (
« aissada », « aixada »): houe coudée, à lame pleine étroite soit triangulaire, soit rectangulaire. C'est l'outil de base de travail de la terre, particulièrement lors d'un premier défrichement (A.Durand, 1999).

Acapt (ou acapte): mot dérivé du latin « acapitum ». Au moyen-âge, à partir du XIIe siècle, droit d'entrage (« d'establiment ») sur une tenure
(Bourin-Derruau, 1987, tome 1,p.227 et Viadier, 2006, p.6, 7).

Albergue au moyen-âge: redevance imposée: droit de gîte pour des cavaliers. Ceci suppose l'existence de « miles » (hommes d'armes), et, ultérieurement les « chevaliers ». Ceci suppose également, comme attesté à partir de 1030-1060, pour les chevaux, des cultures d'avoine (
avena sativa, en culture de printemps) (A. Durand, 2003, p.315).

Alleu au moyen âge, propriété foncière pleine et entière, non soumise aux droits féodaux (sans redevances, sans services imposés). Dans le Bitterrois, au XIe et XIIe siècle la propriété allodiale est dominante dans les plaines, contrairement au manse dans les arrières-pays de reliefs de garrigues
(Bourin-Deruau, 1987, p.116, Fordham university of New-York )

Alleutier au moyen-âge, propriétaire d'un alleu: voir ce mot.

Allivrement somme totale des cotes foncières individuelles inscrites au compoix
(Leroy Ladurie, 1966, p.28) éventuellement comptabilisée en livres (de monnaie) fictives « de compoix », les « livres livrantes ». C'est la base de l'impôt total qui sera réclamé à la paroisse, augmentée de coefficients multiplicateurs.

Allodial relatif à l'alleu

Almandrée parcelle plantée d'amandiers.

« Amelliers » amandiers

Anticrèse se dit d'un prêt ou, plutôt, de son remboursement. Cela consiste à laisser à disposition du prêteur son champ jusqu'à temps que la dette soit remboursée
(J.F Lalanne, 1989, p.62).

Apendarie au moyen-âge, une exploitation agricole, plus petite que le manse (la moitié), peut être une subdivision – ou un démembrement de celui-ci, en particulier partir du XIIe siècle, où le croît démographique se fait plus nettement sentir. Généralement – sauf exceptions- elle est grevée de charges moins lourdes que le manse
(Bourin-Derruau, 1987, tome 1, p.95, 107, 114,119, 197; P. Tisset, 1992, p.203-204. Lalanne, communication personnelle).

Aprision au moyen-âge c'est le régime juridique du droit de possession trentenaire sur des terres abandonnées du domaine public, connu dès le milieu du VIIe siècle
(Lavigne, 2005). Cela a, aussi, été sous les carolingiens, en particulier Charlemagne, un mode d'attribution de terres à défricher, pour les "réfugiés espagnols" ayant fui la conquête musulmane.

Artigue au moyen-âge, parcelle défrichée sur la forêt
(A. Durand, 1999, p.1). Voir aussi « rompude ».

Asenayrie au moyen-âge, corvée en temps de travail avec des ânes, essentiellement pour le transport.

Assollement biennal typique des régions méditerranéennes, il consistait en une rotation des cultures et jachères du type sur une même parcelle: escourgeon- jachère-froment- jachère-escourgeon...etc...
(Le Roy Ladurie, 1969, p.51).

« Bayle » contremaître, chef de culture.

« Blaque » cépée de chênes. D'où des toponymes tels que Saint Jean de la Blaquière. (J.L Roque et alii, 2011, p 140).

«Bleds » au moyen-âge, et aux Temps modernes, ce terme désigne indistinctement et globalement les céréales. A ne pas confondre avec le « froment » (frumentum) probablement le blé tendre hérisson (triticum aestivum compactum), probablement en culture d'hiver, et le triticum, blé rouge en culture de printemps. Dans les autres « bleds »-céréales on compte l'orge, le « mescla» - ou « mitadenc » ou « consegal » - mélange semé orge/froment), la paumelle, l'avoine, le seigle, le « méteil » (ou « mescle » mélange seigle-froment), le millet (A. Durand, 2003, p.313 ; Le Roy Ladurie, p.46-51 ; A.Chabaud, 1967, p.48-49).

Bordarie ou borderie au moyen-âge, même sens que l'apendarie. Peut-être s'agit-il d'une exploitation encore plus petite.Au XIIe siècle ce mot est de plus en plus synonyme de « masade »
(Bourin-Deruau, 1987, p.114, 119,198).

Boayrie (bovarie,
« bovaria ») au moyen-âge, corvée en temps de travail avec des boeufs, essentiellement pour le labour. Elle peut être imposée particulièrement lors des défrichements seigneuriaux (A.Durand, 1999, p.1).

Boyer bouvier
Boyerat jeune bouvier, apprenti
(Le Roy Ladurie, 1969, p.47).

Brevette compoix abrégé

« Cabaux » sous l'Ancien Régime, ce sont dans les baux à ferme, les clauses concernant le « mobilier » nécessaire aux exploitations agricoles : semences, bestiaux, ...qui doivent être remis en quantité et en état à la fin du bail (C .Bracq, 2005, p.17).

Campanage au moyen-âge et sous l'Ancien Régime, complément au salaire de base (« prime de rendement, de transport...) des ouvriers agricoles et bayles
(Le Roy Ladurie, 1969, p.49).

Cantonnement des droits d'usage « opération parlaquelle un propriétaire abandonne à une collectivité usagère la pleine propriété d'un canton de sa forêt en échange de droits d'usage dont elle jouit sur l'ensemble de cette forêt »
( J.L ROQUE et alii, 2011, p.382)

Capitation impôt royal par tête, établi à partir de 1695.

Capmanse au moyen-âge, réserve de la seigneurie ou encore, manse principal, où réside le seigneur, et où sont acquittées les redevances : dans ce cas ce capmanse peut être baillé en tenure
(Bourin-Deruau, 1987, p.118, P. TISSET, 1992, p.205-206).

« Carnenc »  dîme sur le bétail (mot à mot sur la viande) (Le Roy Ladurie, 1969, p.158).

Cartulaire recueil (et/ ou copies) des titres et actes attestant des propriétés, droits d'une personne ou institution.
Les cartulaires principaux sont de l'abbaye de Gellone (Saint Guilhem le Désert), de l'abbaye d'Aniane (816) (pour la haute et moyenne vallée de l 'Hérault ), des cisterciens de l'abbaye de Valmagne, du diocèse de Maguelone, des Guilhems (pour le montpelliérais), des diocèses de Nîmes, Alès, Uzès.
Certains cartulaires sont consultables sur le site des Archives Départementales de l'Hérault tel celui de l'abbaye de Valmagne.

Cens redevance fixe, sur le foncier, payable en nature ou en espèces. (Sources: Forham University of New York)

Censive (ou « oublie ») (voir aussi « cens ») (Sources: Forham University of New York)

Compesieur personne chargée de la confection du compoix (voir ce mot).

Complant (contrat de complant) document qui consigne « l'association d'un bailleur de terre et un ou plusieurs planteurs » pour « construire » une vigne - ou la replanter »
(Bourin-Deruau, 1987, p.98-99, et p.119). Mais le sens peut « dériver » ou s'élargir au XIe siècle il peut s'agir de planter des arbres (saules) au bord de rivière, voire de mettre en blé une pâture (Bourin-Deruau, 1987, p.179). Le contrat prévoit le versement au bailleur d'une partie de la récolte. Pour le preneur le contrat sur une ou deux générations (Viadier, 2006, p.5). Voir aussi le mot « Méplant ».

Complantage le fait, dans une même parcelle d'associer deux au moins, voire plus) cultures différentes. Exemple -fréquent- vignes et oliviers (ou amandiers – ou autres fruitiers). On peut, aussi, dans les inter-rangées, cultiver des céréales, des légumineuses, des légumes
(cf A. Durand, 2003, p.340-341).

Compoix
Description des propriétés de Jacques Delpont (Compoix de Clermont-l'Hérault, XVIIe siècle. Cote ADH : 79 EDT 15
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Source

Anciennes matrices cadastrales, d'Ancien Régime (avant les cadastres dits « napoléoniens »). Les plus anciens compoix apparaissent au XVe siècle
(Le Roy Ladurie,1969, p.8). Ce sont des registres décrivant avec précision, les biens, le foncier, en localisation, surfaces, occupation du sol, et valeur ou catégories : terres « maigres », « grasses », ...etc.... Ils sont établis à des intervalles de temps d'une ou 2 générations. Les mutations, échanges fonciers etc… sont consignés en surcharge sur les registres.
Ils servent de base à l'établissement annuel des « rôles de taille », par les greffiers des Communautés, c'est à dire la liste de répartition de l'impôt (« globalisé - « l'allivrement » - par Communautés ou paroisses) par propriétés, c'est à dire la ventilation par « taillables ».
Lorsqu'au fil des générations et des changements le compoix devient par trop surchargé d'annotations et trop éloigné des nouvelles réalités terrain, ne permettant plus d'allivrer correctement les tailles, il est refait.
(Le Roy Ladurie, 1969, p.29 et 30).
Les compoix ne recensent que la « partie taillable » du territoire de la Communauté ou paroisse.
(Blanchemain, 2005, p.96).

Voir aussi sa définition sur le site des archives départementales de l'Hérault : http://archives.herault.fr/data/info/2901-Etudier_la_population_et_le_paysage_local.pdf
et aussi :http://archives.herault.fr/compoix-28739.html
On notera que certains compoix comportent des plans de propriétés ou parcelles.

Plan d'une propriété plantée de vigne (Plan du Compoix de Clermont-l'Hérault, XVIIIe siècle. Cote ADH : 79 EDT 23

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Source : http://archives.herault.fr/histoire-d-une-commune-766.html

Compoix à degrés « l'allivrement s'établit suivant plusieurs degés qualitatifs propres à chaque culture et fixés par les estimateurs nommés par les habitants du lieu ».
Compoix à clausades « il n'est plus tenu compte de la nature des cultures mais de la proximité de la parcelle cultivée par rapport au village. Le terroir est divisé en zones d'allivrement plus ou moins nombreuses, nommées , selon les régions, cercle, circuit, clauzade, vaute, termine ». C'est la zone la plus rapprochée du village qui est la plus imposée, l'allivrement décroît avec l'éloignement du village ».
Exemple de compoix (1597 et 1652) à 3 clausades, celui de Langlade (30) en Vaunage :

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Source : Barry J.P, 1955.


Condamine au moyen-âge, terres lourdes, « grasses », alluvionnaires, en général situées près de cours d'eau, particulièrement fertiles consacrées, essentiellement, à la céréaliculture intensive. Très présentes encore dans la toponymie, elles témoignent de l'appropriation seigneuriale ainsi que de l'aménagement et de la mise en valeur des « rives » des cours d'eau entre l'an Mil et le XIIIe siècle. Ce sont, le plus souvent de très grandes parcelles avec des moyennes d'une trentaine d'hectares au XIIe et XIIIe siècles, alors que les parcelles « ordinaires » n'ont des moyennes que de 0,25 hectares. Elles jouxtent souvent les ortales et les ferragines
(d'après A.DURAND, 2003, p.259-256).
Elles sont travaillées à l'araire tractée par des boeufs, ce travail étant 15 fois plus productif que le labour à la main à l'aissade (la houe coudée)
(A.Durand, 1999, p.1).

Confront, confrontant du moyen-âge au 18e, voire 19e siècle, ces mots sont employés, dans les divers documents (cartulaires, compoix, etc...) pour désigner la position géographique d'une parcelle, tenure, manse, domaine, etc...par rapport à son « environnement » selon les directions géographiques. Telle parcelle confronte telle autre « au levant » (à l'est)... tel domaine confronte au « couchant » (à l'ouest ) tel ruisseau...etc...On utilise donc des repères relatifs de localisation, solaires, de vents, fonciers, de propriété (le manse de un tel) géographiques (ruisseau, …) etc...On énumère la description relative des directions soit dans le sens d'une montre, soit dans le sens inverse.
(Bourin-Deruau,A. Durand 1987). Si, dans le cas d'une parcelle portant telle ou telle culture, par exemple la vigne, l'énumération des parcelles « confrontantes » est eégalement en vignes, on pourra en déduire que l'on est dans un « terroir monocultural » (Bourrin-Deruau, 1987), c'est à dire dans une zone spécialisée du finage de la communauté ou paroisse.

« Consegal » culture mélangée de seigle et de froment ( voir aussi « meteil »)


« Cordon » plantation de mûriers en ligne autour des champs de céréales. « Les arbres étaient taillés tous les deux ans pour avoir des branches souples comme de l’osier » (E. Boudet, 199, p.22-23).

« Cuisser » fendre les souches et arracher les racines à la pioche. Ce terme est utilisé, en particulier, dans le contexte des défrichements en garrigues. (J.L Roque et alii, 2011, p.37).

« Decimum » Au moyen Age et sous l'Ancien Régime, liste des parcelles sur lesquelles pèse la dîme (Bourin-Deruau, 1987, p.99)

Défrichements:
*
Il s'agissait , le plus souvent d' acquérir des terres nouvelles ("novelas"), ou de remettre en culture des terres anciennement cultivées. Le plus souvent il s'agissait de terres sur les versants ou les reliefs ( dans les garrigues, dans le saltus et les patus ). Dans certains cas, il pouvait s'agir de terres en plaines ("ager").
* De manière cyclique, historiquement , il y a eu plusieurs phases de défrichements. entre ces phases, du fait, en particulier de reculs démographiques, il y avait abandon de ces défrichements.
- 8e-9e siècles: "renaissance carolingienne"
- 10e siècle jusque vers 1350: le "beau moyen-âge".
- d'environ 1500 à 1580: le "beau 16e siècle"
- 1620-1680
- de 1720-1740 jusque vers 1850
* les synonymes de défrichements dans les textes: "rompudes", "artigues", "bouzigues", "novelas", "ouvertures" (voir ces mots)

Déguerpissement au moyen-âge, le fait, pour un tenancier*, de quitter un manse*, de manière volontaire ou imposée.(Source: Fordham University of New-York)

Dixième « impôt – royal - prélevant le dixième du revenu. A ne pas confondre avec la Dîme »
(Gyl, 2007, p.282) ecclésiastique.

« Ermes », « ermas » (aussi orthographié « hermes »): terres abandonnées, en friches

Escourgeon orge d'hiver. Au Moyen-Age et sous l'Ancien Régime, elle était cultivée en assollement biennal (voir ce mot) avec le blé
(Le Roy Ladurie, 1969, p.51).

« Estaque » jeune tronc d'olivier pour plantation (Le Roy Ladurie, 1969, p.66).

Eteules chaumes des céréales

Faïsse au moyen-âge (XI-XIIe siècles), « parcelle allongée sur sol en déclivité qui a fait l'objet d'aménagements légers (simple talus de terre) ou plus important (cultures en gradins) »
(A.Durand, 2003, p.269-270)

« Faulde » emplacement d'une charbonnière

Ferragine (ou « ferrejal » ou « ferragal » Lalanne, 1989,p.89 ou ferratjal ou ferratgiera Martin, 2011, p.119-120)
Au moyen-âge, parcelles particulièrement fertiles où l'on cultive intensivement céréales et légumineuses. Soit on les coupe, fournissant ainsi du fourrage, soit on les laisse grainer . Ces parcelles, vu les soins qu'elles demandent et la valeur de leurs récoltes, sont, le plus souvent, situées à proximité immédiate du village (ou du manse), confrontant la zone des jardins potagers (les  « ortales ») avec lesquels, parfois, ils se confondent
(Bourin-Deruau, 1987, p.166-167).
Les farragals peuvent aussi être situés sur des terrasses (faïsses) , avec, éventuellement un ou deux oliviers ou mûriers
(Lalanne,1989,p.89).
Le terme « ferratjar » signifie, en occitan, « fourrage en vert » et un ferratjal est « un champ clos au voisinage d 'un village », ici un mas. Quant à « ferratgièra » il s'agit d'un champ semé d'orge et d'autres grains destinés à être mangé en vert
(Martin, 2011, p.119-120).
Ces céréales en vert étaient particulièrement destinées aux brebis après l'agnelage de printemps .
C. Martin donne l'exemple, à Ferrières les Verreries, au Puech Aurou, près de la D107E d'un vaste paradas de 5 à 6 hectares où labourait fin Août et où l'on semait l'orge pour la mise bas des brebis en février-mars. Dans ce cas il s'agirait d'un ferratjal.

Finage territoire d'une paroisse, puis des communes.

« Fogar » fouir, creuser la fosse de plantation d'un cep ou d'un jeune olivier.

Foriscape voir lauzime

Fouage au Moyen-Âge et sous l'Ancien Régime : « redevance supportée par chaque foyer. Impôt direct qui frappait tous les habitants, indépendemment de leur patrimoine »
(Gyl, 2007, p.281).

Géomorphologie science des formes du relief terrestre

« Genetière » ou « genestière » ou « ginestière » parcelle pour la culture de genêt d'Espagne (spartum junceum), plante textile.
(Silvain OLIVIER : article : « une plante textile d'aprés les compoix »,sur le site des Archives Départementales de l'Hérault, http://archives.herault.fr/le-genet-d-espagne-322029.html et l'article dans le site Cairn : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2005-1-page-137.htm

Guéret labour d'une jachère ou après récolte. Voir aussi le mot « sadonat»
(Bourin-Derruau,1987, tome I,p.175). Par extension le terme guéret peu signifier la jachère elle même (Lalanne, 1989, p.91).

« Hermes » voir « ermes » , « ermas »

« Hort » (ou ort) jardins. Au moyen-âge (Bourin-Derruau,1987, tome I,p.162 à 167 ; A. Durand, 2003, p. 336 et suivantes)

« Issart » essart
exemple: la « montagne des issarts » à Brouzet les Quissac (30), les issarts à Saint Martin de Londres (34).

« Jasse » bergerie

Laborative labourable (terre)

Lauzime (ou foriscape) moyen-âge, à partir du XIIe siècle: redevance à la « sortie » d'une tenure = plus ou moins l'inverse de « l'acapt * » -voir ce mot.
(Bourin-Deruau, 1993, p.227). Acapt et lauzime vont dans le sens d'une valorisation du marché des tenures supérieure à la rente que le seigneur pouvait tirer de celles-ci par les redevances. (Voir aussi Viadier, 2006, p.8).

Légitime nom au féminin: la légitime, une légitime: part d'héritage versée aux enfants qui n'ont pas été l'héritier(e) principal(e) = dédommagement, héritage « secondaire ».

Leudaire registre des taxes sur les ventes (leudes) de produits sur les foires et marchés. Ces taxes peuvent être seigneuriales, royales (« leude majeure »), ou des communautés. Indirectement les leudes nous permettent de connaître la valeur de telle ou telle production agricole ou marchandise.
(Sources:
- glossaire de fiscalité: http://www.mailxxi.com/fiscalitat/Glossaireview.asp?id=205); Fordham University of New York:http (interwiki inconnu):
www.fordham.edu/halsall/french/feod.asp
-BONNOT Isabelle : « le leudaire de Clermont-l'Hérault (XIVe siècle) », article dans la revue de La Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, année 1984, volume 42 , numéro 142-1, pages 93-114, http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1984_num_142_1_450330?luceneQuery=%28%2B%28title%3AHERAULT^2.0+fullTitle%3AHERAULT^140.0%29%29+AND+%28+%2Bpole%3A%28revue%29+%2Baccess_right%3A%28free%29+%29&words=HERAULT&words=140&words=revue&words=free

Lignerage pratique de la coupe et ramassage de bois. Droit accordé par les seigneurs aux habitants de Communautés.

Lods droit que le tenancier doit acquitter au seigneur lors de ventes de terres.

Mailleul (ou « malhol », « maillols ») au moyen-âge, vigne de moins de 5 ans, non encore productive. Plus tard on emploiera le terme de plantier. (Bourin-Deruau, 1987. Le Roy Ladurie, 1969, p.69)

Mandement circonscription fiscale pour la levée, en particulier, de la taille, basée sur des seigneuries féodales (et non des « communautés »). Elles disparurent, au profit de ces dernières entre le XVIe siècle et XVIIIe siècle.
Dans l'Hérault c'était le cas des mandements de la baronnie de Montlaur, de la Buège, du Val Montferrand (Pelaquier, présentation 2009, p.16).

« Manian » ver à soie. D’où le mot « magnaneraie » : local ou pièce où l’on élevait les vers à soie (E. Boudet, 1999, p.24).

Manse unité d'exploitation « familiale »au moyen-âge. Le manse, à l'origine, correspond à ce qui est nécessaire pour faire vivre une famille, soit, vers l'an mil, en Bitterrois et Agadès, 6 ou 7 parcelles en moyenne (réparties en céréales, vignes, jardin, vergers) ainsi que des espaces incultes et bois (Bourin-Deruau, 1987,p.112). Vers 1140 un manse peut représenter environ 50 hectares (Bourin-Deruau, 1987, p.114). Le manse, comme unité homogène et complexe, a été, du Xe au XIIIe s. la forme essentielle de défrichement et de colonisation des reliefs de garrigues, par opposition aux plaines et « bas-pays » où dominait le régime de la « tenure »* (A.Durand, 2003, p.302-308). Ce mot s'est transformé en « mas ». (Voir aussi P. Tisset, 1992, p.203)

Masade voir aussi « bordarie » ou « boderie ». La « masade » aurait été, à partir du XIIe siècle, période d'accélération du croît démographique , de réorganisation des pouvoirs et redevances du fait de l'émergence « d'aristocraties locales », une réponse au besoin de réorganiser, de diviser les « manses »*, en les fractionnant et en adjoignant à ces nouvelles « masades » des parcelles jusque là indépendantes des anciens manses, dont des parcelles nouvelles précédemment défrichées (Bourin-Deruau, 1987, p.198).

Masage hameau ( mot dérivé de mas, manse) (J.L Roque et alii, 2011, p.25)

Méplant mot dérivé du latin « medium plantum ». Contrat de mise en culture en cinq, six ou sept
ans généralement, puis le partage de la terre par moitié, le preneur recevant sa moitié en alleu au terme des sept ans, ou ses héritiers à sa mort (Viadier, 2006, p.5 et 6).

Mercuriale sous l'Ancien Régime, registre où sont consignés les prix des produits sur les marchés.

« Mitadenc », « mescla » ou « méteil » au moyen-âge, 10e -12e siècles, mélange orge / froment, en proportions variables. Les 2 céréales sont semées et moissonnées en même temps sur la même pièce de terre. (A. Durand, 2003, p.315)
« Mescle » ou « méteil »: à partir du milieu du XVe siècle, mélange seigle/froment ( +, éventuellement, avoine) ( LeRoy Ladurie,1969, p 46-51).

« Mourérède » (ou « murarède » Lalanne, 1989, p.89) parcelle plantée de mûriers pour la récolte des feuilles servant à nourrir les vers à soie. Le mûrier nécessite des sols relativement humides (communication personnelle de M. Fournel, Montferrier sur Lez, 34).

« Muque » (la) cyste. Collecté pour les herboristeries. (Cité par BOUDET Etienne, article : « diversité et sentiment d’appartenance commune dans un village de l’Uzège, Vers du Pont du Gard », page 21, dans l’ouvrage « Aspects du Pays Nîmois », sous la direction de Jean-Marie MARCONOT, RIRSEC-recherches sociales, 1999, ISBN : 2-910539-09-1.

« Nouguier » noyer

« Ordi » orge ( LeRoy Ladurie, 1969, p 53).

Orge  céréale de base en Languedoc, de l'Antiquité jusqu'à la Renaissance du fait de la résistance de cette plante à la sécheresse (Le Roy Ladurie, 1969, p 53 ; Chabaud. A, 1967, t. II, p.49). L'orge était vraiment une céréale à pain ou à bouillies ou gruaus (Chabaud. A, 1967, t. II, p.49). Elle était consommée seule ou en méteil (voir ce mot) de froment ou de seigle (Le Roy Ladurie, 1969, p.51). C'était la nourriture de base des classes populaires qualifiée comme telle, à partir de la Renaissance et du « retour « du froment pur par Olivier de Serres de « grossière nourriture, bonne aux pauvres gens » (Le Roy Ladurie, 1969, p 53).

Orgerie au moyen-âge, halle aux grains. Ce terme souligne toute l'importance de la culture de l'orge, corrélativement au blé et au seigle.

« Ortals » ou « ortales » terroirs de jardinage irrigué. A distinguer de l'hort ou ort = le jardin lui-même. (Bourin-Deruau, 1987, p.46). Un exemple d'ortal à Aniane, le ruisseau des Cabrières, à proximité de la porte de Montpellier (Bourin-Deruau, 1987, p.46 et A. Durand, 2003).

Oublie voir « cens* » et « censive* ».

« Paradas » (ou « paradou ») parc, enclos, parcelle entourée de murs destinée à parquer les troupeaux (Martin, 2011, p.119).
C. Martin donne l'exemple, à Ferrières les Verreries, au Puech Aurou, près de la D107E d'un vaste paradas de 5 à 6 hectares où labourait fin Août et où l'on semait l'orge pour la mise bas des brebis en février-mars. Dans ce cas il s'agirait d'un ferratjal.

Paroisse le terme (« parrochia » )apparaît entre 1030 et 1080, se substituant peu à peu à celui de « villa ». La paroisse est alors une circonscription territoriale bien établie, formant un tout homogène, autour du sanctuaire, témoignant de la nouvelle répartition de l'habitat en villages (Schneider, 2003, p.11).

« Pargassier » celui qui installe des parcs à moutons (et chèvres)= les éleveurs (communication de J..F Lalanne).

« Patalasse » vigne de pente, autrefois à rendement médiocre.

« Patus » paturages en garrigue. Plus largement il s'agit d'espaces mixtes – et évolutifs- de paturages et de taillis, relevant , au moyen-âge et sous l'Ancien Régime« d'usages » de communautés.

Pédologie science des sols.

« Poudar », « poudaire » tailler, tailleur. Ces termes s'appliquent à la vigne.

Pouillé (étymologie: à partir du mot « polyptique »): registre mentionnant les biens et bénéfices ecclésiastiques ou royaux.

« Puech » (ou « pech » ou « pioch » ou «  pui » ou « puy ») (dérivé du latin « podium ») sommet, colline.

« Rases (ou razes) » haies en bordures de champs, avec murs d'épierrement (Lalanne, communication personnelle).

Reille soc – métallique- d'araire (Le Roy Ladurie, 1969, p.45)

« Restoubles » jachères annuelles traditionnellement pâturées.

Réserve
« la réserve qui est l'ensemble des biens dont le seigneur se réserve l'exploitation directe » (par opposition aux tenures*) (source: Wikipedia, article seigneurerie, http://fr.wikipedia.org/wiki/Seigneurie).// Voir aussi le mot « capmanse* »
En matière forestière, il s'agit de la partie de forêt qui doit être préservée pour une future exploitation en futaie (par opposition aux taillis), c'est à dire au bout de 30 à 40 ans.

Ripisylve forêt de bord de cours d'eau.

«  Rompudes », « Rompudas » défrichements, le plus souvent, sur les parties pierreuses des garrigues (plateaux, causses). « Rompre un terrain » = le défricher, le mettre en culture.
Voir aussi « artigue ».

«  Rusc » écorce des arbres, chênes vert, voire chênes blancs, que l'on récolte pour en extraire le tan, nécessaire aux tanneries.
« Ruscaire » « écorceur » ou récolteur d'écorces à tan.

Sadonat au moyen-âge, labour avant semaille. Voir aussi le mot « guéret * »
(Bourin-Deruau, 1987, p.175)

« Sédier » soyeux : ouvrier, artisan de la soie (Grava, 2006, p.146).

« Segar » couper. S'applique au céréales que l'on coupe, c'est à dire que l'on moissonne (Le Roy Ladurie, 1969, p.49)
« Segaire » moissonneur.

Soutrage au moyen-âge et sous l'ancien régime, le droit, en forêt de ramasser fougères, genêts, bruyères, plantes herbacées (Roque et alii, 2011,p.21)

Tasque au moyen -âge, une redevance proportionnelle
(Bourin-Deruau, 1987,p.130)

Tènement partie du finage d'une paroisse ou commune. En principe, il s'agit d'un ensemble de parcelles homogènes, du point de vue des qualités pédologiques et agronomiques: on y pratique des cultures semblables ou compatibles. On est alors proche de la notion de « terroirs ». Aujourd 'hui on peut l'assimiler à nos actuels « lieux-dits ».

Tenure « tenures, biens dont l'exploitation est confiée à un tenancier contre paiement d'une redevance, dénommé le plus souvent cens, et de services comme la corvée. La répartition entre réserve et tenures varie selon les époques et les régions. Dans les tenures les seigneurs détiennent ce que l'on appelle la propriété éminente, quand le tenancier n'a que la propriété utile. Les tenures de la seigneurie et leurs différentes mutations sont inscrites dans un livre terrier, soigneusement conservé puisque déterminant quels sont les droits du seigneur sur chaque terre ».
(sources: Wikipedia, article seigneurerie, http://fr.wikipedia.org/wiki/Seigneurie; VIADIER. R: « tenures et contrats agraires dans le sud de la france, Xe-XVe siècles, 2006, http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/19/59/40/PDF/contrats5mont.pdf)//. La tenure peut porter sur un nombre indéfini de parcelles, avec un accès aux communaux, doits de juridiction, « mauvais usages », allégeance d'une lignée...(Viadier, 2006, p.8). la tenure n'est donc pas strictement foncière, mais politique et sociale (Viadier, 2006, p.12).

« Terminium » au moyen-âge, territoire juridiquement approprié et délimité. Exemple: territoire d'une villa.

Terres nobles exemptées de taille. L'inverse: terres non nobles, ignobles, rurales.

« Thozelle » voir « touzelle ».

Toponymie science des noms de lieux.
Les Archives Départementales de l'Hérault proposent une bibliographie très abondante d'études toponymiques sur l'ensemble du département, mais aussi sur telle ou telle localité.
http://archives.herault.fr/onomastique-du-departement-de-l-herault-139845.html
Egalement des études toponymiques ont été consacrées aux Carulaires de Gellone (Saint Guilhem le Désert), Aniane, Maguelone.
Le Dictonnaire toponymique du département de l'Hérault, d'Eugène THOMAS,1865, est disponible sur le site de La Bibliothèque Nationale de France (BNF) Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k110096s/f2.image.r=.langFR

Touzelle l'une des variétés traditionnelle de froment les plus appréciées. C’est un blé de Pays. Il résiste à la verse. Il nécessite des terres humides, comme des fonds de vallée et la proximité de cours d’eau (Chabaud, A. ; 1967, t. II, p.49).

« Trahandier » dévideur de cocon de vers à soie (Grava, 2006, p.112).

Usages au Moyen-âge et sous l'Ancien Régime ce sont des pratiques de fait, souvent reconnues juridiquement, s'imposant aux propriétés. Dans les garrigues cela se relie à la notion de « patus » (voir ce mot) où les habitants , voire les communautés exploitent les diverses ressources de la garrigue, en particulier en bois et pâturages. Ces usages peuvent être libres ( gratuits) ou donner lieu à des redevances.

« Valat » fossé, ruisseau canalisé, régularisé.

Vente à fond perdu vente en viager (Lalanne, 1989, p.35).

« Villa » (pluriel « villae »): au haut-moyen-age il s'agit d'un ensemble agraire comprenant un centre principal d'habitat et d'exploitation, et un certain nombre de manses, ainsi que les espaces incultes (Bourin-Deruau, 1987). le terme « villa » est employé jusqu'au 11e siècle environ, période à laquelle il laisse la place au terme « manse » (qui donnera « mas »).

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